Entre monétisation et sanction : quelle voie pour l’effort écologique?

Faut-il monétiser l’effort écologique ou bien le sanctionner en cas de non-respect ? Ces deux logiques se déploient déjà dans notre vie quotidienne : taxation carbone, primes à la rénovation énergétique, sanctions contre les dépôts sauvages etc.

D’un côté, nous retrouvons la monétisation de l’effort environnemental. D’après le Commissariat général au développement durable (CGDD), celle-ci consiste à traduire en termes monétaires la valeur des biens, services et impacts environnementaux qui ne font pas l’objet d’échanges marchands. L’idée est donc de révéler la valeur de l’environnement pour mieux la « prendre en compte dans les politiques publiques et les choix économiques »[1].

De l’autre, nous avons l’écologie punitive. Elle repose sur des instruments comme la taxe carbone, précédemment évoquée, visant à réduire les comportements polluants. Néanmoins, dans le débat politique actuel, elle est souvent perçue comme une sanction injuste par les ménages modestes[2].

Face à ces deux logiques, se pose une question centrale : laquelle est la plus à même d’orienter durablement nos comportements ?

La monétisation de l’effort écologique

La transition écologique repose en grande partie sur des mécanismes incitatifs qui visent à récompenser les comportements vertueux. A travers cette monétisation, les pouvoirs publics encouragent ainsi les personnes à réduire leur empreinte carbone. Ces mesures traduisent donc une logique simple : rendre l’écologie « attractive » au point d’en être récompensé.

Dans ce cadre, Mme LALUCQ, députée européenne PS-Place publique et économiste, ainsi que M. GADREY, Professeur honoraire d’économie à l’Université Lille 1, en proposent un exemple : estimer les coûts de remplacement d’une fonction de la nature ou à ceux des coûts des dommages qu’elle permet d’éviter[3]. Par exemple, quel serait le poids financier, sur le plan technologique, d’un manque de forêt ou de végétation jouant un rôle de protection pour la population ?

Autre exemple : le Costa Rica et son système de Paiement pour Services Environnementaux (PSE). Dans les années 1970 et 1980, le pays a connu des taux de déforestation les plus élevés au monde, atteignant jusqu’à 76 500 hectares par an (1983)[4]. Face à cette situation critique, le gouvernement, qui ne dispose pas d’armée, a réorienté ses politiques économiques vers le social et l’environnemental et a créé le PSE. Ce dispositif rémunère les propriétaires qui s’engagent dans la reforestation ou la protection de la biodiversité. Les résultats sont aujourd’hui remarquables avec plus de 80 % de couverture forestière.

LE COQ, Jean-François et SAENZ SEGURA, Fernando, 2016. Analyse institutionnelle des paiements pour services environnementaux : les organisations intermédiaires locales, un acteur clé dans la mise en œuvre et les résultats du programme de paiements pour services environnementaux au Costa Rica. In : Développement durable et territoires [en ligne]. Avril 2016, vol. 7, n° 1. [Consulté le 22 juin 2026]. DOI 10.4000/developpementdurable.11221. Disponible à l’adresse : https://doi.org/10.4000/developpementdurable.11221

Cependant, ces dispositifs ne sont pas exempts de limites car ils reposent sur des financements publics ou internationaux qui eux-mêmes dépendent des fluctuations du marché international[5]. De plus, une mauvaise redistribution des aides peut accentuer les inégalités sociales, en profitant davantage aux ménages les plus aisés.

L’écologie punitive

À l’opposé, l’écologie punitive repose sur un principe de coercition : il s’agit de sanctionner les comportements jugés néfastes pour l’environnement afin d’en dissuader la reproduction. Ce terme, popularisé en France par Ségolène Royal en 2014, est devenu un slogan politique pour désigner toute politique environnementale perçue comme une privation de liberté ou une contrainte excessive[6].

Pourtant, comme le rappelle Greenpeace France, cette rhétorique occulte le coût de l’inaction climatique qui serait bien plus élevé que celui des contraintes nécessaires. De plus, il est à noter que les catastrophes environnementales à venir constituent une punition autrement plus sévère pour les populations[7].

Au-delà du discours politique, la réalité des moyens répressifs consacrés à l’environnement contredit largement l’idée d’une écologie punitive. Comme le montrent les sociologues Magnin et Rouméas, les polices de l’environnement employées par l’Office français de la biodiversité (OFB)  sont davantage caractérisées par les contraintes qui les empêchent d’agir que par la force coercitive qu’elles peuvent réellement déployer[8].

Monétisation et sanction ne s’opposent donc pas tant qu’elles ne se complètent, chacune répondant à des logiques différentes : l’une par l’incitation, l’autre par la contrainte. Leur efficacité respective dépend donc des conditions de leur mise en œuvre. Mais au-delà du choix entre récompense et punition, se pose une question plus fondamentale, celle de la justice climatique : les pays historiquement les plus pollueurs, et parmi eux les plus riches, doivent-ils financer l’essentiel de la transition écologique ? Cette question sera abordée dans le prochain article de l’auteur.

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SOURCES

Boulay, G. et Grandclement, A. (2019). Chapitre 8. La monétarisation de l’environnement. Introduction à la géographie économique (p. 149-168). Armand Colin. https://shs.cairn.info/introduction-a-la-geographie-economique–9782200622305-page-149?lang=fr.

SZPINER, F., 2024. « Ecologie punitive » : comment ceux qui la dénoncent la définissent-ils ?. In : France Inter [en ligne]. Camille passe au vert, 8 février 2024. [Consulté le 22 juin 2026]. Disponible à l’adresse : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/camille-passe-au-vert/camille-passe-au-vert-du-jeudi-08-fevrier-2024-4005475


[1] BOMMELAER, O. et CURRI LEMAITRE, H., 2010. Donner une valeur à l’environnement : la monétarisation, un exercice délicat mais nécessaire. Fondamentaux et méthodologie. Cas d’application. Les limites, les manques, les approfondissements. Paris : Ministère de l’Écologie, CGDD Service de l’économie, de l’évaluation et de l’intégration du développement durable. 172 p. ISBN 978-2-84924-845-4.

[2] CARBO, 2021. L’écologie punitive, une réalité ? [en ligne]. Hellocarbo.com, 29 octobre 2021. [Consulté le 22 juin 2026]. Disponible à l’adresse : https://www.hellocarbo.com/blog/compenser/ecologie-punitive/

[3] LALUCQ, Aurore et GADREY, Jean, 2016. Que valent les méthodes d’évaluation monétaire de la nature ?. In : Alternatives Économiques [en ligne]. 1 janvier 2016. [Consulté le 22 juin 2026]. Disponible à l’adresse : https://www.alternatives-economiques.fr/que-valent-les-methodes-d-evaluation-monetaire-de-la-nature.

[4] DIATO, Ludmila, 2025. L’engagement environnemental comme levier d’influence pour les petites puissances : les cas du Costa Rica, de Monaco et du Bhoutan. Paris : Ed. du Cygne. ISBN 978-2-84924-845-4.

[5] MONETISATION DE L’ENVIRONNEMENT FACE AUX COUTS DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES, 2021. In : Revista Eletrônica do Curso de Direito da UFSM [en ligne]. Décembre 2021, vol. 16, n° 2, e43755. [Consulté le 22 juin 2026]. DOI 10.5902/1981369443755. Disponible à l’adresse : https://www.researchgate.net/publication/363246916_MONETISATION_DE_L‘ENVIRONNEMENT_FACE_AUX_COUTS_DES_CHANGEMENTS_CLIMATIQUES

[6] HERNANDEZ, Floréal, 2023. « Je suis contre l’écologie punitive », affirme Ségolène Royal. In : 20 Minutes [en ligne]. 7 avril 2023. [Consulté le 22 juin 2026]. Disponible à l’adresse : https://www.20minutes.fr/politique/4031584-20230407-contre-ecologie-punitive-affirme-segolene-royal.

[7] GREENPEACE FRANCE, 2024. L’écologie punitive, ou la recherche du parfait bouc-émissaire [en ligne]. Greenpeace.fr, [s.d.]. [Consulté le 22 juin 2026]. Disponible à l’adresse : https://www.greenpeace.fr/lecologie-punitive-ou-la-recherche-du-parfait-bouc-emissaire/.

[8] MAGNIN, Léo et ROUMÉAS, Rémi, 2024. Loin du mythe de l’écologie punitive, la faiblesse des polices de l’environnement. In : ENS de Lyon [en ligne]. 14 février 2024. [Consulté le 22 juin 2026]. Disponible à l’adresse : https://www.ens-lyon.fr/actualite/recherche/loin-du-mythe-de-lecologie-punitive-la-faiblesse-des-polices-de-lenvironnement.