Géo-ingénierie marine : peut-on forcer les océans à absorber notre CO₂ ?

Nos océans absorbent environ un quart de nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Ainsi, sans eux, le changement, le dérèglement ou même le réchauffement climatique seraient bien pires. Mais face à notre difficulté à réduire nos émissions, certains scientifiques et entrepreneurs se demandent s’il serait possible que les océans en absorbent plus ?

Qu’est-ce que la géo-ingénierie marine ?

La « géo-ingénierie » représente le fait de modifier volontairement et à très grande échelle les processus naturels de la Terre pour lutter contre le réchauffement climatique. Si nous appliquons cette idée à l’0céan, nous parlons alors géo-ingénierie marine. L’Organisation Maritime Internationale (OMI) la définit comme « une intervention délibérée dans le milieu marin pour manipuler les processus naturels, notamment pour contrecarrer le changement climatique ».

À l’heure actuelle sont connues deux techniques de géo-ingénierie marine :

  1. La première vise à enlever le CO₂ de l’air et venir piéger le carbone et le stocker au fond de l’eau ;
  2. La deuxième vise à renvoyer les rayons soleil de sorte qu’ils ne réchauffent pas les Océans.

Comment cela fonctionne concrètement ?

Les deux précédentes techniques peuvent s’articuler de différentes manières :

OMI (Organisation maritime internationale). Techniques de géo-ingénierie marine – impacts potentiels [en ligne]. 10 octobre 2022. [Consulté le 18 avril 2026]. Disponible à l’adresse : https://www.imo.org/fr/mediacentre/pressbriefings/pages/marine-geoengineering.aspx
  • La fertilisation océanique

Elle repose sur l’ajout de fer (ou d’autres nutriments) dans les régions océaniques carencées, afin de stimuler la prolifération du phytoplancton. L’objectif est d’accroître artificiellement l’absorption de CO₂ par ces organismes. Une fois morts, ceux-ci sombrent dans les fonds marins, où le carbone qu’ils contiennent est théoriquement stocké pour plusieurs siècles.

  • L’augmentation de l’alcalinité

Lorsque l’Océan absorbe du dioxyde de carbone, une réaction chimique se produit et vient faire baisser le pH de l’eau. Ce phénomène, connu sous le nom d’acidification des Océans, a des conséquences néfastes sur certaines organismes marins. Le principe de l’augmentation de l’alcalinité consiste à ajouter des minéraux alcalins dans les eaux de surface afin de neutraliser l’excès d’acidité et à renforcer la capacité chimique de l’Océan à absorber le CO₂.

  • La culture d’algues géantes

Les macroalgues sont des organismes photosynthétiques à croissance rapide qui fixent efficacement le dioxyde de carbone. Le principe de cette technique consiste à créer des fermes aquacoles à grande échelle, puis à couler la biomasse produite dans les profondeurs océaniques. En se décomposant dans les abysses, loin de la surface et pour des périodes pouvant atteindre plusieurs siècles, le carbone organique qu’elles contiennent se trouve ainsi retiré durablement du cycle atmosphérique.

  • L’éclaircissement des nuages

Cette technique ne vise pas à éliminer le CO₂ de l’atmosphère mais à accroître la quantité d’énergie solaire renvoyée vers l’espace. Des navires spécialement équipés pulvériseraient un brouillard d’eau de mer dans les nuages situés tout juste au-dessus de l’Océan. Les gouttelettes de sel marin agiraient comme des noyaux de condensation et permettraient aux nuages de devenir plus blanc et renverraient davantage de rayonnements solaires vers l’espace.

Les enjeux actuels

Si ces techniques séduisent par leur caractère innovant et futuriste, elles soulèvent de nombreuses limites.

« La société Planetary Technologies libère un colorant rose dans l’anse Tufts, le long du port de Halifax. Il s’agit de vérifier si l’ajout de minéraux alcalins dans l’océan peut contribuer à ralentir le changement climatique. @Le Monde

Tout d’abord, l’efficacité de ces procédés n’est à ce jour nullement démontrée. Les expériences de fertilisation au fer ont montré des résultats décevants tandis que même si le phytoplancton prolifère, nous ignorons si le carbone capturé reste piégé dans les sédiments ou remonte dans l’atmosphère. Par ailleurs, certaines modélisations suggèrent qu’il faudrait recouvrir 20 % de la surface océanique de fermes d’algues pour obtenir un impact significatif.

Ensuite, certaines techniques pourraient engendrer des conséquences sur l’environnement comme des proliférations d’algues toxiques, des changements dans les régimes de précipitations ou les courants marins, provoquant involontairement des sécheresses ou inondations.

De plus, sociologiquement, certaines techniques pourraient avoir un impact sur le comportement des consommateurs. En effet, pourquoi réduire ses émissions si la géoingénierie promet de tout résoudre ? Comme le rappelle Manuel Bellanger, économiste à l’Ifremer : « La priorité absolue, c’est la diminution rapide des émissions. Ces techniques ne sont pas une solution à court terme ».

Enfin, une dernière question se pose : qui peut légitiment et légalement intervenir sur un bien commun mondial ? Cette même question se pose actuellement sur les fonds marins.

Les techniques de géoingénierie marine sont aujourd’hui développées par les pays les plus riches, mais ce sont les pays pauvres et les petits États insulaires qui risquent d’en payer les plus grandes conséquences. Faut-il donc tout abandonner ? Certains scientifiques s’opposent à une réponse radicale et souhaitent établir un cadre juridique strict et transparent avant de pouvoir d’appliquer certaines techniques. Mais il est en revanche certain que la géoingénierie marine ne doit pas servir d’excuse car la situation dans laquelle nous vivons n’est qu’une question de responsabilité individuelle.

Avenir Commun Durable, Géo-ingénierie : que dit le droit international ? [en ligne]. Consulté le 18 avril 2026. Disponible sur : https://avenircommundurable.fr/geoingenierie-que-dit-le-droit-international/

College de France, La géo-ingénierie saisie par le droit international [en ligne]. Consulté le 18 avril 2026. Disponible sur : https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/colloque/regards-croises-sur-la-geo-ingenierie/la-geo-ingenierie-saisie-par-le-droit-international

France Inter, Chroniques littorales du mardi 16 décembre 2025 [en ligne]. Consulté le 18 avril 2026. Disponible sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/chroniques-littorales/chroniques-littorales-du-mardi-16-decembre-2025-4400631

France Science, Remédiation climatique : quel avenir pour la géo-ingénierie marine ? [en ligne]. Consulté le 18 avril 2026. Disponible sur : https://france-science.com/remediation-climatique-quel-avenir-pour-la-geo-ingenierie-marine/

Ifremer (The Conversation), Géo-ingénierie marine : qui développe ces grands projets et qu’y a-t-il à gagner ? [en ligne]. Consulté le 18 avril 2026. Disponible sur : https://www.ifremer.fr/fr/actualites/geo-ingenierie-marine-qui-developpe-ces-grands-projets-et-qu-y-t-il-y-gagner

IMO (Organisation Maritime Internationale), Géo-ingénierie marine [en ligne]. Consulté le 18 avril 2026. Disponible sur : https://www.imo.org/fr/ourwork/environment/pages/geoengineering-default.aspx

IMO (Organisation Maritime Internationale), Marine geoengineering (Hot topics) [en ligne]. Consulté le 18 avril 2026. Disponible sur : https://www.imo.org/fr/mediacentre/hottopics/pages/marine-geoengineering.aspx

Océan & Climat Plateforme, Géo-ingénierie de l’océan : nouvelle frontière des débats scientifiques, politiques et éthiques [en ligne]. Consulté le 18 avril 2026. Disponible sur : https://ocean-climate.org/geo-ingenierie-de-locean-nouvelle-frontiere-des-debats-scientifiques-politiques-et-ethiques-dans-la-lutte-contre-le-changement-climatique/

Pour la Science, Géo-ingénierie : la piste du stockage du CO₂ dans l’océan est-elle crédible ? [en ligne]. Consulté le 18 avril 2026. Disponible sur : https://www.pourlascience.fr/sd/geoingenierie/geo-ingenierie-la-piste-du-stockage-du-co2-dans-l-ocean-est-elle-credible-27165.php

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