Le 28 février 2026, Israël a lancé et revendiqué une série de frappes « préventives » contre l’Iran, rapidement soutenues par les États-Unis. Cette initiative apparaît d’autant plus surprenante que Donald Trump avait privilégié une approche fondée sur la négociation musclée [1] [2]. Bien qu’ayant exprimé son insatisfaction quant à l’évolution des pourparlers avec Téhéran concernant le nucléaire iranien, le président américain avait maintenu ouverte la possibilité d’une solution diplomatique, tout en brandissant la menace de frappes d’envergure contre la République islamique. Ces événements marquent le début d’une escalade dans le contexte de la Guerre Israël Iran 2026.

Les frappes massives menées par Tel-Aviv et Washington contre les cibles iraniennes visaient les structures des Gardiens de la révolution et les capacités balistiques du pays. La mort annoncée du guide suprême de la Révolution iranienne, Ali Khamenei, le 28 février 2026 lors de ces frappes, a provoqué un tournant politique certain pour la République islamique et le Moyen-Orient en général.
La Guerre Israël Iran 2026 continue de susciter des inquiétudes internationales, alors que la situation se détériore rapidement.
La riposte iranienne a été immédiate, visant non seulement des cibles israéliennes, mais également des installations américaines. Téhéran a pris l’initiative d’engager une première salve de frappes — toujours en cours en avril 2026 — contre plusieurs États du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Oman, Bahreïn, le Koweït et le Qatar, lesquels n’avaient pourtant pas officiellement pris parti aux côtés de Washington et de Tel-Aviv. Une telle extension du théâtre des opérations constitue un fait sans précédent dans le contexte de la Guerre Israël Iran 2026.
Plan de la réflexion :
- Doctrine des mollahs : la « mosaïque », le soutien aux proxys régionaux et la guerre asymétrique
- L’opposition iranienne et la probabilité du regime change
- La stratégie militaire israélo-américaine
- Le déplacement du conflit au Liban, négociations échouées à Islamabad et fermeture du détroit d’Ormuz

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1. – Doctrine des mollahs : la « mosaïque », le soutien aux proxys régionaux et la guerre asymétrique

La doctrine de défense iranienne, qualifiée de « mosaïque », repose sur une décentralisation extrême destinée à absorber les chocs d’une puissance militaire supérieure. Elle s’appuie sur 31 centres de commandement autonomes, capables d’opérer indépendamment en cas de neutralisation de Téhéran. Cette stratégie, explicitement conçue pour survivre au cas où la hiérarchie militaire et politique du pays serait décapitée par des attaques américano-israéliennes, privilégie une autonomie d’action et de réaction plutôt que la confrontation directe.
Dans une entrevue avec l’équipe de vérification des faits d’Euronews « The Cube » le 12 mars 2026, Francesco Salesio Schiavi, chercheur associé à l’Institut du Moyen-Orient suisse (MEIS), explique les racines de cette doctrine et son fonctionnement [3] : les origines de ce concept remontent au début des années 2000, après les invasions américaines de l’Afghanistan en 2001 et de l’Irak en 2003. Les stratèges iraniens ont analysé les raisons de la chute rapide du régime de Saddam Hussein et ont estimé que l’effondrement du régime irakien avait été accéléré par l’élimination rapide des dirigeants et des centres de commandement par les forces américaines.
« Le système irakien était très centralisé, ce qui signifie que le pouvoir allait du haut vers le bas. Lorsque la couche supérieure a été supprimée, l’ensemble du système s’est désintégré » (Francesco Schiavi)
Pour éviter une situation similaire, l’Iran a fait le choix inverse : diffuser l’autorité et les responsabilités à différents niveaux du territoire et des institutions. Cette évolution s’est renforcée sous le commandement de Mohammad Ali Jafari, qui dirigeait le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) entre 2007 et 2019. Selon Federico Borsari, analyste au Centre d’analyse de la politique européenne et également interviewé par « The Cube », cette stratégie vise non seulement à résister aux attaques contre les centres de commandement, mais aussi à permettre une réaction efficace en cas d’invasion terrestre.
Au cœur de cette approche se rajoute la guerre asymétrique via un réseau de proxys régionaux, baptisé « Axe de la Résistance », soutenu par Téhéran. Cela inclut le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, les milices chiites en Irak et le Hamas à Gaza. Ils constituent un maillage qui permet à l’Iran d’étendre son influence sans engager directement ses forces conventionnelles. Ces proxys multiplient les fronts, diluent les ressources adverses et maintiennent une pression constante. Néanmoins, avec la neutralisation du Hamas à Gaza par Tsahal depuis les attaques du 7 octobre 2023 et la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie le 8 décembre 2024, l’Axe de la Résistance s’est considérablement affaibli.
En dépit des frappes massives de février-mars 2026, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique a conservé des canaux de communication et de financement, bien que limités, avec ses alliés. Les Gardiens de la Révolution, aussi appelés Pasdaran, sont la force idéologique et militaire parallèle à l’armée régulière iranienne (Artesh). Ils contrôlent une grande partie de l’économie parallèle du pays, notamment les réseaux de trafic de drogue et d’armes. Les Basidjis, milice paramilitaire de masse, assurent la répression intérieure et la mobilisation populaire[4].
2. – L’opposition iranienne et la probabilité du regime change
Les monarchistes affichent une proximité assumée avec Israël et se manifestent par des mobilisations locales et internationales ainsi que des contacts politiques répétés de Reza Pahlavi, fils du dernier Shah en exil, et si l’opposition iranienne reste profondément fragmentée, les monarchistes occupent le devant de la scène internationale.
Exilé depuis 1979, Pahlavi s’est imposé comme figure de ralliement pour une partie de la diaspora et de la classe moyenne urbaine iranienne. Ses liens étroits avec Israël – visite à Jérusalem en 2023, photos avec Benjamin Netanyahu, plaidoyer pour une normalisation – lui valent un soutien discret de Tel-Aviv, mais alimentent les accusations du régime (« pantin israélien ») et divisent l’opposition intérieure[5].
À l’international, les monarchistes multiplient les conférences (CPAC 2026 aux États-Unis) et les appels à une intervention occidentale pour un « regime change ». Donald Trump lui-même a appelé les forces iraniennes à déposer les armes et s’adresse directement au peuple iranien en lui disant que le moment de sa liberté est proche. Il l’encourage même à prendre le contrôle du pays après les bombardements, en promettant le soutien des États-Unis. Le président américain ne parle plus seulement de contrer une menace nucléaire ou militaire ; il affirme clairement que l’objectif est désormais d’affaiblir les fondations et, si possible, de faire tomber définitivement le régime iranien[6].
Ces déclarations s’alignent sur la stratégie de Benjamin Netanyahu, qui défend depuis longtemps l’idée d’un changement de régime en Iran. Sous pression politique interne, Netanyahu aurait même envisagé de lancer seul des frappes contre l’Iran, ce qui aurait de toute façon entraîné les États-Unis dans le conflit. Ce n’est pas la première fois que cela arrive : en 2025, Netanyahu avait déjà pris une initiative similaire, en justifiant une action militaire contre l’Iran et en appelant sa population à se « libérer »[7].
Enfin, le fait que les premières frappes aient visé de hauts responsables iraniens confirme bien que l’objectif est de déstabiliser et d’affaiblir directement le pouvoir en place. Mais l’opposition reste divisée entre monarchistes soutenant Pahlavi et d’autres factions comme les libéraux indépendantistes, les groupes de gauche ou les révolutionnaires, rendant difficile une alternative unifiée[8].

3.- La stratégie militaire israélo-américaine
Elle repose quant à elle sur le partage du renseignement militaire ainsi que sur une tactique de décapitation hiérarchique du régime et de frappes sur les infrastructures militaires et économiques du pays, en particulier les infrastructures pétrolières. Durant l’opération « Epic Fury » du 2 février 2026, près de 900 frappes sont lancées en 12 heures, ciblant missiles, défenses antiaériennes, infrastructures et haute hiérarchie. Les deux pays travaillent dans le partage et l’échange du renseignement et des informations (Mossad-CIA, Unit 8200-NSA). Plusieurs tactiques telles que l’infiltration humaine, la cyber-pénétration et la surveillance en temps réel ont permis une campagne d’assassinats sans précédent (stratégie de décapitation du régime)[8].
La tactique de décapitation visait à paralyser la chaîne de commandement, à empêcher toute riposte coordonnée et à créer un vide de pouvoir propice à un effondrement interne. Les États-Unis ont cédé à Israël la mission clé des assassinats de dirigeants iraniens, tandis que Washington se concentrait sur la destruction des capacités balistiques et navales. L’objectif est clair : empêcher l’Iran d’armer ses proxys, de continuer à développer son programme de missiles balistiques et d’acquérir l’arme nucléaire[9].
De plus, les campagnes aériennes israélo-américaines sont d’une grande efficacité : les frappes combinées ont causé d’importantes destructions : selon le Département d’État américain, au moins 85 % de la base industrielle de défense iranienne ont été détruits ainsi que la majorité des missiles balistiques existants, 150 navires de guerre, tous les sous-marins et 97 % des stocks de mines navales. Plus de 13 000 cibles ont été touchées, dont plus de 2 000 cibles de commandement et de contrôle, plus de 1 450 cibles industrielles de défense, plus de 1 500 cibles de défense aérienne, environ 800 cibles de drones, plus de 600 cibles navales et plus de 450 cibles balistiques[10].
4. – Le déplacement du conflit au Liban, négociations échouées à Islamabad et fermeture du détroit d’Ormuz

Le 8 avril 2026, après 40 jours de guerre, les États-Unis et l’Iran ont conclu, via la médiation pakistanaise, un cessez-le-feu de deux semaines. L’accord, fragile, prévoyait l’ouverture du détroit d’Ormuz et des négociations sur un accord durable. Mais dès le même jour, Israël a déplacé le conflit au Liban : en 10 minutes, une armada de 50 avions a mené environ 160 frappes sur plus de 100 cibles du Hezbollah (QG, centres de commandement, infrastructures à Beyrouth, dans la Bekaa et au sud du Liban) (évoquer la thèse du coup d’État). Le bilan est lourd : entre 250 et 357 morts, plus de 1 200 blessés. Le Hezbollah a brièvement suspendu ses tirs puis repris les tirs de roquettes. Netanyahu a clairement affirmé que le Liban n’était pas inclus dans le cessez-le-feu entre l’Iran, Israël et les États-Unis. Ces frappes ont mis en échec la capacité immédiate du Hezbollah à soutenir Téhéran et ont fait échouer toute tentative de déstabilisation interne ou de coup de force pro-régime en Iran en isolant davantage les proxys[12].
Les négociations à Islamabad entre Washington et Téhéran ont finalement abouti à un échec complet, les premiers voulant un accord rapide avec des garanties sécuritaires par rapport à la région et à Israël, notamment sur les enjeux nucléaires ainsi que le désarmement des milices pro-iraniennes dans la région, notamment le Hezbollah libanais, et les seconds refusant ces demandes. Le 18 avril 2026, l’Iran a ordonné à nouveau la fermeture du détroit d’Ormuz : le 28 février, les Gardiens de la Révolution annoncent l’interdiction de la navigation dans le détroit d’Ormuz. Cela comporte des implications économiques majeures. Elle affecte en priorité les économies régionales, fortement dépendantes des routes maritimes, mais également les économies européennes et, plus encore, asiatiques.
Les enjeux économiques liés au détroit sont bien établis[13] : en 2025, près de 20 millions de barils de pétrole — soit environ 20 % de la production mondiale — y ont transité. Les principaux exportateurs régionaux, tels que l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak, le Koweït et le Qatar, en dépendent largement pour leurs exportations, majoritairement destinées à l’Asie. Une fermeture prolongée constituerait donc un choc économique majeur pour ces États.
Mais cette situation présente également un caractère paradoxal[14] : l’Iran dépend lui-même entièrement du détroit pour exporter son pétrole vers son principal partenaire, la Chine. En entravant ce passage, Téhéran se prive ainsi de ressources essentielles tout en pénalisant un acteur clé de sa propre stabilité économique. Parallèlement, la Chine exerce des pressions sur Téhéran afin de garantir la poursuite de ses flux énergétiques, dont dépend une part substantielle de ses importations pétrolières. Toutefois, son soutien demeure limité, comme en témoigne son absence lors d’exercices navals conjoints récents avec l’Iran et la Russie.
De son côté, la Russie adopte une posture opportuniste[15], tirant profit de la hausse des prix pour accroître ses exportations énergétiques. Les États-Unis ont d’ailleurs accordé à l’Inde une dérogation temporaire afin de lui permettre d’importer du pétrole russe. Enfin, certaines informations suggèrent une coopération indirecte entre Moscou et Téhéran, notamment par la transmission de renseignements destinés à faciliter des frappes contre des cibles américaines[16].
Conclusion
Une paix durable semble encore lointaine : cela exigerait non seulement un accord sur le nucléaire et les proxys, mais aussi une refondation interne de l’Iran. L’opposition a considérablement grandi depuis les manifestations du 8 janvier 2026. Reza Pahlavi a attiré de nombreux nouveaux adhérents qui pensent qu’il est l’alternative choisie pour prendre le pouvoir après une initiative de changement de régime venue de l’étranger. Mais ce dernier, tout en plaidant pour une transition, reste contesté par une partie considérable de la population locale iranienne, qui le considère comme un « agent d’Israël ». Dans le cas d’une opération effective de remplacement du régime, on peut s’attendre à ce que son soutien augmente encore. Ce soutien est donc entièrement conditionnel à une décision américaine de procéder ou non à une intervention militaire.
Si les responsables politiques décident de tenter une refonte forcée du système de gouvernement, le mouvement Pahlavi pourrait être un partenaire fiable, aux côtés d’éléments des forces armées, pour une transition vers une politique non islamiste. Mais pour l’heure, les Gardiens de la Révolution tiennent bon et conservent leur emprise. Mojtaba Khamenei a succédé à son père et, malgré l’ampleur des destructions, la « mosaïque » tient. Le régime iranien, bien que sévèrement affaibli, n’a pas disparu. Le changement viendra-t-il de l’extérieur ou de l’intérieur, par une opposition continue et unie ? L’histoire récente montre que les régimes autoritaires ne tiennent jamais longtemps et se dégradent progressivement. Pour l’heure, le Moyen-Orient reste suspendu entre une reprise des hostilités et des tentatives de solutions diplomatiques.
SOURCES :
[1] : Iran Primer (USIP). President Trump reimposes “maximum pressure” Iran. https://iranprimer.usip.org/blog/2025/feb/05/president-trump-reimposes-%E2%80%9Cmaximum-pressure%E2%80%9D-iran
[2] : Les clés du Moyen-Orient. Ali Khamenei éliminé puis remplacé : Vers une re-décomposition régionale. https://www.lesclesdumoyenorient.com/Ali-Khamenei-elimine-puis-remplace-Vers-une-re-decomposition-regionale.html
[3] : Euronews. Les frappes israélo-américaines sur l’Iran sans impact sur ses capacités militaires. https://fr.euronews.com/my-europe/2026/03/13/les-frappes-israelo-americaines-sur-liran-sans-impact-sur-ses-capacites-militaires
[4] : The Soufan Center. IntelBrief – April 1, 2026. https://thesoufancenter.org/intelbrief-2026-april-1/
[5] : Keypour Greenblatt, Marjan. The hidden friction with Reza Pahlavi and the Iranian opposition. Atlantic Council. https://www.atlanticcouncil.org/blogs/menasource/the-hidden-friction-with-reza-pahlavi-and-the-iranian-opposition/
[6] : Les clés du Moyen-Orient. Ali Khamenei éliminé puis remplacé : Vers une re-décomposition régionale. https://www.lesclesdumoyenorient.com/Ali-Khamenei-elimine-puis-remplace-Vers-une-re-decomposition-regionale.html
[7] : Le Grand Continent. Israël – Netanyahou et Iran. https://legrandcontinent.eu/fr/2025/06/13/israel-regicide-netanyahou-iran/
[8] : New Lines Institute. Disunity and absence of strategic vision pose serious complications for the Iranian opposition. https://newlinesinstitute.org/middle-east-center/disunity-and-absence-of-strategic-vision-pose-serious-complications-for-the-iranian-opposition/
[9] : CBS News. Israeli ambassador says US and Israel have been in lockstep from the beginning of Iran war. https://www.cbsnews.com/video/israeli-ambassador-says-us-and-israel-have-been-in-lockstep-from-the-beginning-of-iran-war/
[10] : Washington Examiner. US-Israel strategy decapitation international law. https://www.washingtonexaminer.com/news/world/4524910/us-israel-strategy-decapitation-international-law/
[11] : Institute for the Study of War. Iran Update – Special Report April 9, 2026. https://understandingwar.org/research/middle-east/iran-update-special-report-april-9-2026/
[12] : Reuters. Hezbollah pauses attacks under US-Iran ceasefire. https://www.reuters.com/world/middle-east/hezbollah-pauses-attacks-under-us-iran-ceasefire-sources-close-group-say-2026-04-08/
[13] : IRIS. Le conflit en Iran et le détroit d’Ormuz. https://www.iris-france.org/le-conflit-en-iran-fait-ressurgir-la-peur-des-consequences-dun-blocage-du-detroit-dormuz-sur-leconomie-mondiale/
[14] : Le Figaro. La Chine et le détroit d’Ormuz. https://www.lefigaro.fr/international/comment-la-chine-tente-de-negocier-un-droit-de-passage-du-detroit-d-ormuz-aupres-de-l-iran-20260310
[15] : Le Figaro. La guerre en Iran, une aubaine pour Moscou. https://www.lefigaro.fr/conjoncture/la-guerre-en-iran-une-aubaine-pour-moscou-en-manque-de-liquidites-20260308
[16] : Washington Post. Russia and Iran intelligence cooperation. https://www.washingtonpost.com/national-security/2026/03/06/russia-iran-intelligence-us-targets/