Alors que la guerre en Ukraine marque le retour d’un conflit majeur sur le sol européen, c’est surtout par sa nature et son ampleur qu’elle surprend. Il s’agit d’une guerre de haute intensité opposant deux États, mobilisant des centaines de milliers de soldats et provoquant des dizaines de milliers de morts, des sièges urbains, la destruction de villes entières et des bombardements quotidiens. Le front s’étend sur plus de 1 200 km et combine innovations technologiques, notamment l’usage massif de drones, et formes de combat plus traditionnelles comme la guerre de tranchées. Catalyseur des tensions entre la Russie et l’Occident, principal soutien de l’Ukraine, ce conflit dépasse largement le seul théâtre ukrainien. 

Le 22 février 2026 a marqué le quatrième anniversaire de la guerre en Ukraine, ainsi que la poursuite d’un affrontement toujours plus brutal entre les forces armées de Kiev et de Moscou. Dressons le bilan de ces quatre années de guerre. 

PLAN DE LA RÉFLÉXION :

  1. Aux origines de la guerre en Ukraine
  2. Chronologie de la Guerre
  3. Un conflit d’attrition : bilan de la guerre et porte de sortie
  4. Conclusion

Aux origines de la guerre en Ukraine

Afin de comprendre les origines du conflit, il convient de revenir sur la fin de la Guerre froide, l’émergence de l’État ukrainien moderne et les recompositions territoriales de l’espace post-soviétique. 

La Russie et l’Ukraine partagent en effet une histoire commune ancienne et complexe, remontant notamment à la Rus’ de Kiev (980-1054). Par la suite, le territoire ukrainien est progressivement intégré à l’Empire russe (1721-1917), tout en conservant une certaine autonomie. La Révolution russe (1917-1923) permet une première expérience d’indépendance avec la création de la République populaire d’Ukraine. Toutefois, prise dans la guerre civile russe et affaiblie par des divisions internes, l’Ukraine passe sous le contrôle des forces communistes en 1920 et est intégrée à l’URSS lors de sa proclamation le 30 décembre 1922. Les républiques soviétiques de Russie, de Biélorussie et d’Ukraine sont durement touchées par les années 30, les purges et la Seconde Guerre mondiale. La reconstruction menée sous Staline renforce le contrôle soviétique et l’intégration de l’Ukraine au système politique et économique de l’Union. À la mort de Staline en 1953, Nikita Khrouchtchev accorde à l’Ukraine une place plus importante au sein de l’URSS. En 1954, il décide de rattacher administrativement la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine, officiellement au nom de l’amitié russo-ukrainienne, officieusement pour des raisons pratiques et économiques. Pendant toute la Guerre froide, l’Ukraine est un pilier industriel et militaire de l’URSS, produisant armements, missiles et ressources agricoles. La Crimée, quant à elle, accueille le quartier général de la flotte soviétique de la mer Noire.

Avec la dislocation de l’URSS le 26 décembre 1991, l’Ukraine accède de nouveau à l’indépendance. Elle adopte un régime démocratique et se trouve rapidement au cœur de nouvelles dynamiques géopolitiques. La Russie cherche tant bien que mal à maintenir son influence sur l’espace post-soviétique, tandis que l’Union européenne et l’OTAN s’élargissent vers l’est. L’Ukraine tente alors d’équilibrer rapprochement avec l’Occident et relations avec Moscou. Cette position s’avère de plus en plus difficile à maintenir. Les révolutions Orange (2004) puis de l’Euromaïdan (2013) orientent davantage l’Ukraine vers l’Europe, ce que Moscou perçoit comme une rupture stratégique et un mouvement illégitime soutenu par l’Occident.

Les tensions se cristallisent autour de la Crimée, territoire abritant la flotte de la mer Noire, et du Donbass, région majoritairement russophone. Le 18 mars 2014, la Russie annexe la Crimée à la suite d’une opération militaire rapide et, plus largement, entame un mouvement de soutien aux mouvements séparatistes du Donbass, déclenchant une guerre opposant forces ukrainiennes et rebelles prorusses.

Malgré plusieurs tentatives de cessez-le-feu, le conflit s’enlise. L’Ukraine se rapproche progressivement de l’Union européenne et de l’OTAN, tandis que la Russie voit son image se dégrader sur la scène internationale. Finalement, le 24 février 2022, Moscou lance une invasion à grande échelle de l’Ukraine, transformant le conflit latent en guerre ouverte conventionnelle.

Chronologie de la Guerre

Le 21 février 2022, après avoir amassé des troupes le long de la frontière ukrainienne et ravivé les tensions avec Kiev pendant des mois, le Kremlin reconnaît l’indépendance des régions séparatistes prorusses de Donetsk et de Louhansk, déjà au cœur de la guerre, en cours, du Donbass. Ces territoires passent rapidement sous contrôle russe tandis qu’une offensive à grande échelle est lancée. Moscou présente alors le conflit comme une « opération militaire spéciale », justifiée par des objectifs tels que la « dénazification » de l’Ukraine, le renversement de son gouvernement, le démantèlement de ses forces armées et l’imposition d’une neutralité permanente.

Les forces russes avancent alors simultanément dans le nord, l’est et le sud du pays. Toutefois, leur progression est freinée par la mobilisation massive de la population ukrainienne, la résistance de l’armée et le soutien militaire occidental. Plusieurs villes, notamment Marioupol, sont assiégées et détruites. Les tentatives visant à prendre Kiev et à décapiter le pouvoir politique échouent également. Face à des difficultés logistiques et à une résistance plus forte que prévu, l’armée russe est contrainte d’abandonner son offensive dans le nord et de se concentrer sur le front oriental.

Entre août et novembre 2022, l’Ukraine lance une série de contre-offensives dans le nord et le sud du pays grâce à un soutien militaire occidental croissant. Ces opérations permettent la reconquête de plusieurs territoires, notamment dans les régions de Kharkiv et de Kherson. Les forces russes se replient alors derrière le fleuve Dniepr afin de consolider leurs positions.

À la fin de l’année 2022 et au début de 2023, les combats se concentrent autour des villes de Soledar et de Bakhmout. Les mercenaires du groupe Wagner y mènent des offensives particulièrement meurtrières. Les villes sont largement détruites par l’artillerie russe, tandis que des assauts répétés permettent finalement la prise de ces positions au prix de pertes humaines considérables.

L’année 2023 marque une nouvelle intensification du conflit. L’Ukraine reçoit des équipements occidentaux modernes, notamment des lance-roquettes HIMARS et des chars Leopard, afin de préparer une contre-offensive. Dans le même temps, la Russie renforce ses lignes défensives derrière le Dniepr. Le 6 juin 2023, le barrage de Kakhovka, dans l’oblast de Kherson, est détruit, provoquant d’importantes inondations. Les deux camps s’accusent mutuellement d’être responsables de cet événement.

Cette période est également marquée par la rébellion du groupe Wagner contre le commandement militaire russe. Le 23 juin 2023, les forces de Wagner s’emparent de Rostov-sur-le-Don, principal centre logistique du front sud, et marchent vers Moscou. Un accord est finalement conclu entre Vladimir Poutine et le chef du groupe Wagner, Evguéni Prigojine. Une partie des combattants est alors intégrée à l’armée russe tandis que l’autre se replie en Biélorussie. Deux mois plus tard, Prigojine meurt dans le crash de son avion privé, dans des circonstances restées incertaines.

Profitant de ces tensions internes, l’Ukraine lance à l’été 2023 une contre-offensive majeure destinée à percer les lignes russes. Toutefois, malgré plusieurs mois de combats, les gains territoriaux restent limités. En novembre 2023, cette offensive est largement considérée comme un échec stratégique, bien qu’elle ait permis la reconquête de certaines positions dans le sud.

À l’automne 2023, la Russie reprend l’initiative et lance une offensive dans le Donbass, notamment contre la ville d’Avdiïvka. Après plusieurs mois de combats et de lourdes pertes humaines, la ville est finalement prise par les forces russes le 17 février 2024.

Cette victoire permet à la Russie d’intensifier ses offensives dans la région. Entre février et mai 2024, les combats s’étendent vers Kharkiv et plusieurs villes du nord-est. L’armée ukrainienne recule sur certaines positions avant de stabiliser le front sur une nouvelle ligne défensive.

Le 6 août 2024, les forces ukrainiennes lancent une offensive surprise en direction de la frontière russe. Soutenues par des volontaires russes opposés au Kremlin, elles pénètrent dans la région de Koursk et occupent plus de 1 000 km² après deux semaines de combats. Toutefois, l’arrivée de renforts russes met fin à leur progression. Les territoires conquis sont progressivement repris par la Russie en mars 2025.

L’année 2024 est également marquée par l’implication croissante de la Corée du Nord aux côtés de la Russie. Ce rapprochement résulte d’un traité de défense mutuelle et d’une convergence stratégique entre Moscou et Pyongyang. Inefficaces et mal formés, les militaires nord-coréens n’ont guère d’impacts stratégiques sur le conflit et finissent par se replier. 

À partir de l’hiver 2024, la guerre évolue vers une logique d’attrition. Les deux camps cherchent désormais à épuiser les ressources militaires, économiques et humaines de leur adversaire. Les lignes de front se stabilisent, tandis que l’artillerie et les combats de tranchées dominent les opérations.

Dans le même temps, les stratégies évoluent. La Russie intensifie ses frappes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes afin d’affaiblir la résistance civile. L’Ukraine riposte par des attaques en profondeur visant les infrastructures logistiques et militaires russes, loin des lignes de front. Le 1er juin 2025, une centaine de drones ukrainiens frappent simultanément plusieurs aérodromes militaires russes détruisant entre 12 et 41 bombardiers Tu-95MS et Tu-22M3, capables de transporter l’arme nucléaire. 

Entre 2025 et 2026, la situation militaire reste globalement stable. L’Ukraine adopte principalement une posture défensive tandis que la Russie poursuit des offensives lentes et coûteuses, mais progressives, dans le Donbass. Les infrastructures énergétiques et économiques sont de plus en plus des cibles stratégiques pour les deux camps, encore plus depuis l’opération Spiderweb du 1er juin 2025. 

Les lignes de front sont désormais fortement fortifiées et difficiles à percer. La guerre repose donc de plus en plus sur la capacité des deux États à soutenir leur économie de guerre et à maintenir leurs ressources militaires. Dans ce contexte, l’issue du conflit dépend largement de la résilience économique et politique des deux belligérants.

Un conflit d’attrition : bilan de la guerre et porte de sortie

Depuis plus de quatre ans, la Russie et l’Ukraine se livrent une guerre totale mêlant attrition et haute intensité. Sur un front de plus de 1 200 kilomètres, plus de deux millions de soldats sont mobilisés. Les deux armées ont dû s’adapter aux contraintes du conflit. La Russie, qui anticipait initialement une victoire rapide, a finalement adopté une stratégie plus défensive avant de reprendre progressivement l’offensive. De son côté, l’Ukraine a pu réorganiser et renforcer son armée grâce au soutien occidental, notamment en matière d’aide financière, de livraisons d’armes, de partage de renseignements et de formation militaire. Toutefois, si la capacité des deux camps à soutenir un conflit prolongé est remarquable, il s’accompagne d’un bilan humain particulièreent lourd. Les pertes exactes restent difficiles à établir. En 2026, Kiev reconnaît environ 55 000 soldats tués, tandis que certaines estimations indépendantes avancent un bilan proche de 140 000 morts. Du côté russe, les pertes seraient comprises entre 177 000 et plus de 325 000 tués selon différentes sources. À ces chiffres s’ajoutent près de 30 000 civils morts et des centaines de milliers de blessés. Plusieurs villes, dont Marioupol, Bakhmout et Avdiïvka, ont été presque entièrement détruites. La guerre a également provoqué un déplacement massif de populations, avec près de 12 millions de réfugiés et de déplacés internes. Environ six millions d’Ukrainiens ont fui vers l’Europe, tandis qu’un nombre équivalent a été déplacé à l’intérieur du pays.

Depuis 2025, le front s’est largement stabilisé. La Russie contrôle environ 20 % du territoire ukrainien et domine presque entièrement le Donbass. Au sud, le fleuve Dniepr constitue une ligne de séparation naturelle entre les deux armées. Au nord-est, autour de Kharkiv, les forces russes poursuivent des offensives localisées, lentes et coûteuses en vies humaines.

Le champ de bataille illustre une forte disparité technologique. Les systèmes de tranchées rappellent les combats de la Première Guerre mondiale, tandis que l’usage massif des drones transforme profondément les opérations militaires. Ces derniers se sont imposés comme un outil central de reconnaissance, de surveillance et de frappe. L’Ukraine a notamment utilisé des drones navals pour endommager ou détruire plusieurs navires russes en mer Noire. Peu coûteux et largement accessibles, ces systèmes sont responsables d’une part importante des pertes matérielles et humaines. En réponse, les deux camps ont développé des systèmes de guerre électronique et des dispositifs anti-drones, dont l’efficacité reste inégale.

Kiev s’adapte aux nouvelles tactiques russes en installant notamment des filets anti-drones au-dessus des routes d’approvisionnement

Dans ce contexte, les objectifs stratégiques des deux camps apparaissent largement incompatibles. La Russie affirme poursuivre des objectifs tels que la « dénazification » de l’Ukraine, la neutralisation de son armée, le contrôle du Donbass et la sécurisation de la mer Noire et de la mer d’Azov. En pratique, Moscou cherche surtout à consolider les territoires conquis, à les intégrer politiquement et administrativement, et à empêcher l’Ukraine de rejoindre l’OTAN ou l’Union européenne. De son côté, Kiev maintient comme objectif la restauration complète de son intégrité territoriale, incluant le Donbass et la Crimée. Dans ces conditions, aucun des deux camps ne semble en mesure d’atteindre pleinement ses objectifs, tandis que la guerre d’attrition épuise progressivement les deux sociétés.

Les économies ukrainienne et russe sont également profondément affectées par le conflit. L’Ukraine a vu son produit intérieur brut fortement chuter et sa dette publique atteindre environ 120 milliards de dollars. Le pays dépend largement de l’aide occidentale, notamment des États-Unis, du Canada et de l’Union européenne. Sur le plan démographique, la situation est également préoccupante : la natalité est en baisse et une part importante de la population active participe à l’effort de guerre ou a quitté le pays.

L’économie russe résiste davantage, notamment grâce aux exportations d’hydrocarbures et à la hausse des prix de l’énergie. Toutefois, les sanctions internationales ont isolé Moscou sur la scène internationale. La Russie s’appuie désormais principalement sur ses relations avec la Chine, l’Inde,  ce qu’il reste de l’Iran et la Corée du Nord. 

Au-delà du champ de bataille, la guerre a profondément bouleversé l’ordre international. Elle a renforcé l’image d’une Russie perçue comme puissance agressive et a provoqué d’importantes tensions économiques et énergétiques. Le blocage partiel des exportations céréalières ukrainiennes a contribué à la hausse des prix alimentaires en Afrique et au Moyen-Orient. Parallèlement, l’Europe a réduit sa dépendance au gaz russe. Enfin, l’OTAN s’est élargie avec l’adhésion de la Finlande et de la Suède.

Les tentatives de médiation menées par la Turquie, la Chine ou les États-Unis n’ont pour l’instant pas permis d’aboutir à un accord. La stabilisation des lignes de front pourrait conduire à un gel du conflit, caractérisé par des cessez-le-feu fragiles et des affrontements ponctuels. Dans un tel scénario, la ligne de front deviendrait progressivement une frontière de facto entre les deux camps.

Plusieurs issues restent envisageables. Le conflit pourrait s’enliser durablement et devenir un nouveau conflit gelé, comparable à ceux observés dans d’autres régions de l’espace post-soviétique. Une autre possibilité serait l’affaiblissement économique de l’un des deux camps, le contraignant à négocier. Dans tous les cas, les conséquences de cette guerre devraient marquer durablement l’équilibre stratégique européen et international.

La guerre en Ukraine finira inévitablement par prendre fin. La question demeure cependant de savoir combien de temps les deux camps pourront encore soutenir l’effort de guerre et lequel parviendra à en sortir le moins affaibli.

Conclusion

Les tentatives de médiations et de négociations par la Turquie, la Chine et les États-Unis ont échoué en raison d’objectifs de guerre irréconciliables. La stabilisation du front risque d’entraîner un gel du conflit avec des lignes de batailles figées menant à de fragiles cessez-le-feu qui pourront être tout aussi facilement rompu. En somme, le front risque de devenir une nouvelle frontière et zone démilitarisée ou les deux armées camperont sur leurs positions et lanceront ponctuellement des offensives. La situation pourrait revenir à celle d’avant la guerre lorsque forces séparatistes prorusses affrontaient l’armée régulière. Dans ce possible scénario, les territoires conquis restent sous contrôle respectif, la guerre ne prend pas fin et devient un énième conflit gelé de plus. L’Ukraine reste en guerre et ne peut rejoindre ni l’OTAN, ni l’UE alors que la Russie maintient ses forces, russifie les zones conquises et se satisfait d’un statu quo en sa faveur. Les autres sorties de guerre possibles seront ou bien l’économie russe fragilisée par la guerre ne peut plus supporter l’effort et est contrainte à négocier ou bien l’Ukraine exsangue et abandonnée de l’occident est contrainte de négocier en sa défaveur. Ce second scénario entraînera des changements durables en Europe et sur le reste du monde, avec une Union européenne devant s’impliquer dans la course aux armements, une Russie isolée, mais représentant toujours une menace tandis que la puissance primera sur les lois internationales. D’une manière ou d’une autre la guerre d’Ukraine finira par prendre fin, la question étant désormais de savoir jusqu’à quand l’effort de guerre peut être soutenu et si seulement un camp réussira à en sortir moins épuisés que l’autre pour réclamer une victoire pyrrhique. 

Sources :

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FRANCE 24. Où en sont l’Ukraine et la Russie après quatre ans de guerre ? France 24, 23 février 2026. Disponible à l’adresse : https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20260223-o%C3%B9-en-sont-l-ukraine-et-la-russie-apr%C3%A8s-quatre-ans-de-guerre

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PLOKHY, Serhii. The Russo-Ukrainian War: The Return of History. New York : W. W. Norton & Company, 2023. ISBN 978-1324051190.

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