Après plusieurs semaines de combats dans le nord et le nord-est de la Syrie, le régime de Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS) – une alliance syrienne entre factions kurdes et arabes dominée par sa plus importante composante, la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) – ont annoncé, le 18 janvier 2026, un accord de cessez-le-feu accompagnant un processus de transition politique et militaire vers une intégration dans l’État syrien. Le président syrien Ahmed al-Sharaa a officialisé cet accord après une offensive rapide des forces gouvernementales dans les zones contrôlées par les Kurdes, entraînant la prise de larges territoires auparavant gérés par les FDS et la chute de villes comme Raqqa et Deir ez-Zor sous contrôle kurde depuis près d’une décennie.
Ces affrontements, qui s’étaient intensifiés depuis début janvier, ont opposé les troupes gouvernementales aux combattants kurdes et provoqué le déplacement de nombreux civils. Mazloum Abdi, commandant des FDS, a expliqué avoir accepté le retrait de certaines forces et institutions de ces zones vers des positions plus restreintes autour d’al-Hasakah et d’Aïn al-Arab (Kobani) afin d’éviter une escalade vers une guerre civile. Il a également indiqué que l’accord, parrainé par les États-Unis, engageait les parties à entamer un processus d’intégration des FDS dans les structures civiles et militaires de l’État syrien, notamment au sein des ministères de la Défense et de l’Intérieur, bien que les détails précis restent en discussion et prennent du temps à être mis en œuvre.
Soutenu par la France et les États-Unis, cet accord marque un tournant majeur du conflit et met fin aux ambitions d’autonomie kurde établies depuis plus de dix ans.
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Contexte
Depuis la chute du régime de Bachar el‑Assad le 8 décembre 2024, la Syrie est en pleine recomposition politique et militaire : le nouveau gouvernement dirigé par Ahmad al-Charaa cherche à ramener l’intégralité du territoire syrien sous son autorité. Durant la guerre civile déclenchée en 2011, les Forces démocratiques syriennes (FDS) avaient établi une administration autonome de facto dans le nord et le nord-est du pays, désignée sous le nom de « Rojava », le Kurdistan syrien.
En mars 2025, une première tentative a été annoncée entre le président Ahmad al-Charaa et les Forces démocratiques syriennes (FDS) afin d’intégrer ces forces et les administrations kurdes dans un État syrien unifié. Cette tentative a échoué, ne répondant pas pleinement aux demandes des Kurdes du nord et du nord-est du pays, qui souhaitaient ne perdre ni leur statut autonome ni être intégrés dans un système administratif centralisé.
L’offensive de janvier 2026 : reprise en main progressive des territoires kurdes
À partir du 13 janvier 2026, le pouvoir exécutif syrien, sous la présidence d’Ahmad al-Charaa, lance une série d’opérations militaires coordonnées contre les positions des FDS. Plusieurs offensives majeures sont menées contre les positions kurdes dans le nord et le nord-est du pays, s’emparant rapidement de vastes zones autrefois contrôlées par les FDS : Deir ez-Zor, Raqqa et les importants champs pétroliers d’al-Omar et d’al-Tanak. Officiellement, Damas invoque la nécessité de « rétablir la souveraineté nationale » et de mettre fin à ce qu’il qualifie d’« administrations parallèles ».
Le cessez-le-feu du 18 janvier 2026 : contenu et limites
L’accord annoncé le 18 janvier prévoit plusieurs points clés :
- Un arrêt immédiat des hostilités ;
- Le gel des lignes de front telles qu’établies au 16 janvier ;
- Le déploiement de forces de sécurité du gouvernement sur certains axes routiers majeurs ;
- L’ouverture de discussions sur l’intégration progressive des FDS dans les structures de l’État syrien, dans le cadre d’un État syrien unifié ;
- Des garanties verbales concernant la protection des populations civiles et des droits culturels.
Le lundi 19 janvier, les troupes d’al-Sharaa continuaient d’avancer vers Al-Hasakah et Kobani. Les deux régions kurdes sont désormais séparées. Les milices arabes alliées aux Kurdes, y compris les Forces Al-Sanadid, issues de la tribu Shammar, alliée de la première heure, ont fait défection ou cédé face à l’avance gouvernementale, affaiblissant encore davantage la capacité de défense kurde.
Les acteurs sur le terrain et les influences extérieures
La Turquie demeure hostile à toute forme d’entité kurde autonome à sa frontière. Ankara soutient indirectement les efforts de Damas dès lors qu’ils affaiblissent les FDS. La coordination tacite entre la Turquie et le gouvernement syrien s’inscrit dans un cadre de négociations visant à neutraliser la présence armée kurde dans le nord de la Syrie. Ankara refuse toute forme de présence armée kurde à sa frontière sud et n’hésitera pas à intervenir militairement afin de préserver une certaine sécurité frontalière.
Les États-Unis, longtemps garants de la sécurité des FDS, adoptent désormais une posture plus prudente. Washington privilégie la stabilité régionale et la lutte résiduelle contre les cellules jihadistes, sans volonté apparente de s’opposer frontalement à Damas. La priorité de Washington depuis le 21 janvier 2026 fut de transférer et de relocaliser 5 700 prisonniers de Daesh des camps syriens tenus par les Forces démocratiques syriennes vers des pénitenciers à Bagdad, en Irak. De plus, Washington a retiré ses troupes, le 12 février 2026, de la base d’Al-Tanf, dans le sud du pays, à la frontière de l’Irak et de la Jordanie, marquant un tournant important dans la politique étrangère américaine par rapport à son soutien initial aux Kurdes, laissant l’armée syrienne en prendre le contrôle.

La France, malgré ses déclarations de soutien aux forces kurdes en Syrie, s’aligne de fait sur la vision centralisatrice d’Ahmad al-Sharaa, au détriment de toute autonomie locale. Pascal Confavreux, porte-parole du Quai d’Orsay, affirme que la France n’abandonne pas les Kurdes : « Nous ne lâchons pas les Kurdes, nous savons ce que nous leur devons. Ce sont nos frères d’armes », tout en réitérant que la France « soutient résolument l’unité et l’intégrité de la Syrie » et qu’elle appuie le processus visant à « avancer vers un moment important pour l’unité de la Syrie nouvelle que sera l’intégration en son sein des Forces démocratiques syriennes ».
Israël veut assurer la sécurité de ses frontières et, bien que peu présent directement sur le dossier kurde, observe avec attention la politique entreprise par le nouveau président de Damas. Tsahal, qui contrôle le plateau du Golan depuis la guerre de 1967, l’a annexé en 1981. Israël maintient également une présence stratégique sur le mont Hermon, qui surplombe une partie du territoire syrien. De plus, Tel Aviv soutient activement les Druzes syriens dans cette Syrie toujours plus instable afin de sécuriser sa frontière nord.
Conclusion
La reprise de villes stratégiques et de champs pétrolifères auparavant contrôlés par les Forces démocratiques syriennes par l’armée syrienne illustre le rétrécissement de l’autonomie kurde. Le retrait progressif américain, y compris de positions clés comme Al-Tanf, ainsi que l’alignement de France sur les prises de position des États-Unis, accélèrent l’affaiblissement de l’influence kurde en Syrie.
Entre réintégration sous contrainte au sein des forces armées syriennes, respect intégral de l’accord de cessez-le-feu et recomposition des alliances, les Kurdes ne peuvent aujourd’hui que dépendre d’eux-mêmes. Les promesses internationales visant à assurer une certaine stabilité et sécurité en Syrie demeurent incertaines, au détriment des droits et coutumes des minorités locales.
Sources :
« Le président syrien et les forces kurdes annoncent un accord de cessez-le-feu », Courrier International, 18/01/2026, en ligne, consulté le 18/02/2026, URL : https://www.courrierinternational.com/depeche/les-forces-syriennes-reprennent-aux-troupes-kurdes-villes-et-champs-petroliferes.afp.com.20260118.doc.934a869.xml
BALANCHE Fabrice, « Les Kurdes syriens abandonnés », Revue conflits, 24/01/2026, [en ligne], consulté le 16/02/2026, URL : https://www.revueconflits.com/les-kurdes-syriens-abandonnes/
«Nous ne lâchons pas les Kurdes» en Syrie, assure le porte-parole du Quai d’Orsay, Le Figaro, 22/01/2026, [en ligne], consulté le 16/02/2026, URL : https://www.lefigaro.fr/international/nous-ne-lachons-pas-les-kurdes-en-syrie-assure-le-porte-parole-du-quai-d-orsay-20260122
Site du ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, URL : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/syrie/evenements/actualites-2026/article/syrie-accord-de-cessez-le-feu-du-18-janvier-2026-19-01-26, consulté le 16/02/2026
SCHMITT Eric, “US transfers thousands of ISIS Prisoners to Iraq from Syria”, New York Times, 13/02/2026, [en ligne], consulté le 18/02/2026, URL : https://www.nytimes.com/2026/02/13/us/politics/us-isis-prisoners.html
ALI Idrees, RAMADAN Tala, STEWART Phil, “In milestone, US pulls out of strategic Syria base and hands it over to Damascus”, Reuters, 12/02/2026, [en ligne], consulté le 17/02/2026, URL : https://www.reuters.com/world/middle-east/syria-says-it-has-taken-control-al-tanf-base-vacated-by-us-troops-2026-02-12/