Saint Louis : peut-on être bon chrétien et bon roi ?


Résumé

Saint Louis, ou Louis IX, règne sur la France de 1226 à 1270. Roi profondément chrétien, il cherche à faire de la justice et de l’imitation du Christ, les fondements de son gouvernement. Des réformes de la justice à la construction de la Sainte-Chapelle, de la lutte contre les hérésies aux croisades, son règne contribue à renforcer considérablement l’autorité de la monarchie capétienne et, plus largement, à poser les bases de l’État français moderne. Néanmoins, derrière l’image du « roi très chrétien » se dessine aussi un souverain plus complexe : Louis IX persécute les juifs, mène deux croisades et meurt à Tunis en 1270.

Comment comprendre les contradictions de celui qui deviendra Saint Louis ?


Le XIIIe siècle est une transition dorée entre une féodalité déclinante et les prémisses de la modernité.

Officiellement premier roi à porter le titre de « Roi de France », délaissant peu à peu celui de « Roi des Francs », Philippe Auguste vient d’asseoir considérablement l’autorité capétienne en multipliant par quatre la superficie du domaine royal. C’est fort de cet héritage que Saint Louis entreprend de métamorphoser le royaume franc en France, que ce soit dans les frontières, mais aussi, et surtout, dans les fondements juridiques, sociaux et moraux. Si Louis IX naît dans l’ombre de ce grand-père auguste, il portera son œuvre à son paroxysme et la sublimera à tel point que son règne reste encore aujourd’hui un modèle de gouvernance éclairée. 

Louis IX achève de consacrer la suprématie de la maison capétienne sur toutes les autres : le roi est définitivement le seigneur des seigneurs. Il achève d’implanter l’idéal monarchique et brise le système féodal, notamment en préférant consulter directement le peuple plutôt que ses vassaux. 

Roi ou moine ? Au vu des œuvres de Saint Louis, on peut se le demander. Le roi s’écarte de tous les atours royaux pour se rapprocher toujours plus des pauvres, des miséreux, des victimes de l’injustice et des malades. Il fait construire des abbayes, des hôpitaux, des universités, prie 8 heures par jour et se confesse plus que de raisons… Toutefois, un saint n’est pas un ange, contrairement à l’idée communément répandue. 

Saint Louis est un personnage pétri de contradictions. Au nom de sa foi, le roi Louis se croise à deux reprises. Sa première croisade sera un échec militaire et sa deuxième lui sera funeste. De plus, la radicalité religieuse du roi le poussera à persécuter les juifs et, les années passant, à délaisser sa gaieté naturelle pour devenir un triste sire que tout irrite. Si elle a commencé avec la bataille de Bouvines, la vie de Saint Louis s’achève sur la rétrograde huitième croisade : deux bornes révélatrices encadrant une vie entre piété et modernité. 

Selon les propres termes de l’Église catholique : « Personne ne peut être un modèle de vertu de par sa propre force. Par contre, certains hommes et femmes ont vécu plus intensément les exigences de l’amour évangélique. Ce sont eux que l’on appelle les saints. » Le saint reconnaît sa faiblesse et la confie à Dieu. Telle a été la vie de Saint Louis. 

Le mythe du roi-saint a fasciné les siècles : humanistes, philosophes, monarques, révolutionnaires et même la IIIe République ont fait de ce souverain un modèle. Si cet engouement est, comme on le verra, largement mérité, nous tâcherons de voir ici comment Saint Louis réussit à concilier avec brio vie chrétienne et vie politique, un exploit paradoxalement rare dans notre Histoire faite de nombreux rois et de nombreux chrétiens. 

L’empreinte du souverain dans l’Histoire a aujourd’hui un nom : le « siècle de Saint Louis » en hommage à un règne perçu comme un rayon de soleil au milieu des ténèbres du Moyen-Âge. 

Plan de l’article :

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1. – Saint Louis : héritier et bâtisseur de l’État royal

1.1. – L’héritage de Philippe Auguste : l’autorité capétienne au-dessus de tout

Louis IX naît le 25 avril 1214, en plein règne de son grand-père Philippe II Auguste. Quelques mois plus tard, le dimanche 27 juillet 1214, les armées françaises écrasent la coalition anglo-germanique à Bouvines, menée par le roi d’Angleterre, l’empereur germanique et le comte de Flandres. Cette bataille est un tournant dans l’histoire du royaume. En actant la déchéance des deux rivaux de la chrétienté d’alors, ayant osé violer la paix de Dieu dominicale et frappées d’excommunication, cette bataille assure l’hégémonie capétienne sur la chrétienté en France et dans toute l’Europe occidentale. Philippe Auguste réaffirme son autorité au sommet de la pyramide féodale. Pour de nombreux historiens, Bouvines est l’acte de naissance du royaume de France. Pour reprendre les termes de Jean-Jacques Julaud, le 27 juillet 1214, la France devient adulte. 

Pendant près de 43 ans de règne, Philippe Auguste multiplie par quatre la superficie du domaine royal. Toutefois, si le chemin vers la France moderne est entamé, il est encore long. En ce début de XIIIe siècle, dans une société où la féodalité demeure omniprésente, les conceptions d’État et de nation sont encore bien éloignées des nôtres et les frontières modernes sont à peine au statut d’ébaûche.

Philippe Auguste meurt en 1223 (un 14 juillet) mais son œuvre est largement poursuivie par ses successeurs. Son fils, Louis VIII, tout d’abord qui, malgré un règne court (1223-1226) prolonge l’héritage de son père par un souci d’unité du royaume et d’affirmation de l’autorité capétienne. Louis VIII sera également pour son fils, le futur Saint Louis, un modèle de piété ainsi que de fidélité et d’amour conjugal. En 1200, Louis VIII avait épousé Blanche de Castille, petite-fille d’Aliénor d’Aquitaine (et donc nièce de Richard Coeur de Lion). Mariage arrangé certes mais que les deux époux surent transformer en mariage d’amour. Le court règne de Louis VIII est marqué par une croisade sur le sol même de la France actuelle, celle contre les cathares. Une croisade censée lutter contre des hérétiques chrétiens mais dont la finalité est avant tout politique et s’inscrit sur fond de luttes entre seigneurs, critiques à l’égard des richesses de l’Église romaine et volonté d’affermissement du pouvoir royal dans le sud de la France. Au retour de cette croisade victorieuse, Louis VIII est pris de dysenterie et meurt le 8 novembre 1226, alors que son fils est âgé de 12 ans. 

Tel est donc le terreau qui vit naître et grandir le futur Saint Louis, qui saura reprendre intelligemment et efficacement ces différents héritages.

1.2. – Blanche de Castille : un berceau de foi et de fer

Louis naît donc à Poissy, le 25 avril 1214. Il est baptisé le jour même, mortalité infantile oblige, dans des fonts baptismaux encore visibles aujourd’hui dans la collégiale de Poissy. Toutefois, Louis n’est pas l’aîné et rien ne le destine alors à régner. La tradition capétienne veut en effet que l’aîné porte le prénom de son grand-père : c’est donc son frère Philippe qui est appelé à monter un jour sur le trône.

Mais le destin en décide autrement. En 1218, Philippe meurt, faisant de Louis, âgé de seulement quatre ans, l’héritier du royaume. Le jeune prince grandit désormais avec la perspective d’une couronne qu’il n’était pas destiné à porter.

Lorsque son père, Louis VIII, meurt en 1226, Louis n’a que douze ans. Trop jeune pour gouverner seul, il monte néanmoins sur le trône sous la régence et tutelle de sa mère, Blanche de Castille. Reine de caractère et de pouvoir au « corps de femme mais au cœur d’homme » comme elle se décrit elle-même, Blanche de Castille compte parmi les reines ayant laissé plus de traces dans l’histoire que leur royal époux. C’est elle qui prend en main l’éducation, la formation religieuse et le gouvernement du jeune Louis, façonnant l’homme et le souverain qu’il deviendra.

Blanche est profondément croyante. En plus de faire construire plusieurs abbayes, elle allume chez son fils une flamme spirituelle qui ne le quittera jamais : la religion sera la grande affaire de la vie de Saint Louis. De manière générale, Blanche gère toutes les facettes de l’éducation et de la vie du jeune roi. Elle le veut érudit et brave : « Un roi illettré est un âne couronné ». Joinville, biographe et ami de Saint Louis, nous rapporte cette phrase de la reine Blanche à son fils : « Mon fils, je vous aime, mais je préférerais vous voir mort à mes pieds que de vous voir commettre un seul péché mortel. » 

Blanche couve son fils et ne lui laisse que très peu de libertés. Mère possessive, elle est aussi une femme de fort tempérament, caractère dont elle va avoir grand besoin pour faire face à la fronde des grands du royaume. Diplomate et militaire lorsque les situations l’exigent, Blanche connaît tous les rouages de la politique à tel point que, lorsque Louis IX devient majeur en 1234, il continue de gouverner avec sa mère, en parfaite harmonie, témoignant d’un lien filial aussi fort qu’unique dans l’histoire de la monarchie française. 

Selon les Récits d’un ménestrel de Reims, chronique composée vers 1260, une rumeur accusait Blanche de Castille, alors régente de France, d’être enceinte du cardinal-légat Romain Frangipani, dont elle était politiquement proche. Pour réfuter publiquement cette accusation, Blanche aurait convoqué une assemblée de princes et de prélats et se serait présentée devant eux en simple chemise, leur demandant de constater par eux-mêmes qu’elle n’était pas enceinte  Un épisode qui témoigne à la fois du caractère de la reine, mais aussi de la volonté de ses ennemis de la discréditer.

1.3. – Le chef d’État : un roi diplomate et guerrier, moine et arbitre

Le 6 novembre 1226, Louis VIII meurt sans avoir désigné de régent officiel. Après s’être assurée du soutien des conseillers du défunt roi, Blanche obtient des évêques un faux testament signé de la main de Louis VIII, pour faire d’elle la régente du royaume. Conscients de cette manœuvre, les conseillers la soutiennent, ayant foi dans son bon sens politique ainsi que dans sa volonté de servir la couronne capétienne. Blanche entend à tout prix assurer l’accession de son fils au trône afin de prévenir les troubles et de préserver la continuité monarchique. Le couronnement est ainsi fixé au 26 novembre 1226, soit à peine trois semaines après la mort du roi, dans la volonté manifeste de prendre de vitesse les barons qui, déjà, complotent pour écarter la régente. 

Dans un système féodal aussi profondément enraciné, les grands seigneurs vivent mal la domination d’une femme étrangère. À leur tête, le puissant duc de Bretagne, Pierre Mauclerc (pour « mauvais clerc », félon), Thibaut IV de Champagne et Hugues de Lusignan, seigneur du Poitou, époux d’Isabelle d’Angoulême, veuve de Jean sans Terre et mère d’Henri III d’Angleterre. Le jour du sacre du jeune roi à Reims, l’absence de plusieurs nobles de haut rang témoigne de leurs réticences. La cérémonie bénéficie toutefois d’une large adhésion populaire : un signe précurseur du soutien dont Blanche saura progressivement s’assurer. 

L’année suivante, les barons tentent de s’emparer du jeune roi. Louis trouve refuge à Montlhéry et en appelle à sa mère, qui mobilise alors la population parisienne : le peuple descend dans les rues, armé de fourches, afin de repousser les barons félons et ramène le jeune souverain à Paris. La scène en rappelle une autre, survenue dans des conditions bien différentes toutefois. Sans perdre de temps, Blanche et Louis contre-attaquent. En janvier 1229, Blanche de Castille, à la tête de l’armée royale, s’empare de la forteresse de Bellême, alors aux mains de Pierre Mauclerc. 

En octobre 1229, Pierre Mauclerc prête hommage à Henri III d’Angleterre et obtient son soutien contre Louis IX. Après plusieurs mois de préparatifs, le roi anglais intervient militairement au printemps suivant et débarque à Saint-Malo en mai 1230, avant de rejoindre Mauclerc à Nantes. Toutefois, faute de financements et de bonne santé, Henri III regagne – temporairement – l’Angleterre à la fin de l’année. 

La coalition des barons se désagrège progressivement : Thibaut de Champagne et Philippe Hurepel ont rallié le camp royal, tandis que le retrait d’Henri III laisse Pierre Mauclerc de plus en plus isolé. En juillet 1231, après une nouvelle campagne de Louis IX en Bretagne, Mauclerc accepte une trêve de trois ans à Saint-Aubin-du-Cormier 

Diplomate et stratège, Blanche de Castille joue sur tous les tableaux pour affaiblir les ennemis de la couronne. À partir de 1230, elle fait fortifier Angers, qui devient une véritable arme de dissuasion et un symbole de puissance de la couronne de France. Plus grande réalisation architecturale militaire du règne de Louis IX, Angers ne sera pas attaquée pendant toute la durée de son règne. 

Les avancées politiques de la famille royale touchent également le sud de la France. En 1229, après avoir résisté plusieurs années à la croisade albigeoise, Raymond VII de Toulouse est contraint de négocier avec Blanche de Castille et le légat pontifical Romain de Saint-Ange. Le traité de Paris, conclu le 12 avril 1229, lui impose de reconnaître la suzeraineté de Louis IX, de céder une partie considérable de ses possessions et de promettre le mariage de sa fille et héritière Jeanne avec Alphonse de Poitiers, frère du roi.

L’épisode le plus spectaculaire survient le même jour : Raymond se rend à Notre-Dame de Paris en pénitent, pieds nus et vêtu d’une simple chemise, pour faire publiquement amende honorable. 

En 1242, Louis dote son frère du Poitou, réveillant l’ire de Hugues de Lusignan. Hugues rejoint alors à nouveau le camp anglais et pousse Henri III à intervenir contre le roi de France. Le 21 juillet 1242, Louis IX affronte les forces anglo-poitevines à Taillebourg, au sud-est de La Rochelle, puis les bat définitivement à Saintes le lendemain : Henri III, après avoir fui le champ de bataille, doit se replier, et la victoire française clôt définitivement la révolte des barons poitevins. 

Louis IX ne cherche pourtant pas à poursuivre indéfiniment la guerre contre l’Angleterre. Plusieurs années plus tard, les liens familiaux entre les deux dynasties favorisent la négociation : Marguerite de Provence, épouse de Louis IX, intervient auprès de sa sœur Éléonore de Provence, épouse d’Henri III. Ces relations permettent de rapprocher les deux souverains, qui concluent finalement le traité de Paris en 1259. Henri III renonce à ses prétentions sur la Normandie, l’Anjou, la Touraine, le Maine et le Poitou, tandis que Louis IX lui restitue certains territoires et lui reconnaît des droits en Guyenne ; en contrepartie, le roi d’Angleterre prête hommage au roi de France pour les terres qu’il conserve sur le continent. Coup politique considérable, ce traité place le roi de France au-dessus du roi d’Angleterre, en posant ainsi les bases de la guerre de Cent Ans. 

Ainsi, Louis IX s’impose progressivement comme un arbitre de la chrétienté occidentale parmi les cours européennes, dont les conseils et la médiation sont demandés intervenant dans plusieurs crises et conflits opposant les grands princes d’Europe, notamment entre la papauté et l’Empire germanique.

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2. – Le roi chrétien : faire régner l’ordre moral et la vertu

2.1. – Imiter le Christ : le chemin de la sainteté

Homme grand, blond, élancé, majestueux et souriant, Louis IX impressionne par sa présence autant que par son allure. On dit de lui qu’il a des « yeux de colombe ». Grâce aux nombreux récits consacrés à sa personne, certains rédigés de son vivant ou peu après, sa personnalité nous est relativement bien connue. Car Louis n’est pas seulement un roi pieux et austère : il est aussi décrit comme un homme gai, drôle, qui aime plaisanter et n’hésite pas à imiter les prélats de son entourage. Sa silhouette longiligne peut donner l’impression d’un homme fragile, mais elle cache une véritable robustesse, éprouvée par la guerre, les voyages et les longues expéditions. Bref, Louis IX correspond assez bien aux canons physiques et moraux du roi idéal au XIIIᵉ siècle, ce qui, dans un monde où l’apparence du souverain compte, ne peut que servir son prestige.

S’abaisser pour servir

La canonisation de Louis IX ne récompense pas ses exploits militaires face à ses vassaux turbulents. Depuis sa plus tendre enfance, le roi suit une vie de moine, tournée vers l’aumône, la prière et n’hésitant pas à user de son pouvoir pour réformer les ordres monastiques et construire des abbayes. 

En 1228, Louis IX entreprend, conformément au souhait exprimé par son père Louis VIII, la fondation de l’abbaye de Royaumont, dans l’Oise, dédiée à la Vierge. L’abbaye est consacrée en 1235 et Blanche de Castille y installe des moines cisterciens, ordre particulièrement proche de la monarchie capétienne, et le jeune roi manifeste très tôt un attachement personnel à cette fondation. Louis va même jusqu’à travailler sur le chantier, du haut de ses 15 ans, y emmenant sa famille, les engageant à y travailler dur et sans repos (et en silence). 

La spiritualité de Louis IX est marquée par une recherche exigeante de la perfection chrétienne, au sens du XIIIe siècle. Le roi accorde une place considérable à la prière (jusqu’à huit heures par jour), à la confession et à la pénitence, et s’entoure volontiers de religieux, de moines et de chantres, y compris lors de ses expéditions militaires. La quête de pureté le hante. Il se confesse le plus régulièrement possible et va même jusqu’à se faire fouetter. Des pratiques de mortifications dont les traces subsistent sur sa chemise, encore conservée aujourd’hui et qui étonne par sa simplicité et les tâches de sang qui y demeurent. 

Cette recherche de la perfection chrétienne s’exprime surtout dans son rapport aux pauvres et aux malades. À Royaumont, les sources rapportent que Louis prend personnellement soin d’un religieux atteint de la lèpre et lui apporte régulièrement de la nourriture, scandalisant le père supérieur. 

Louis IX délaisse les attraits de la vie royale en se tournant vers les pauvres. Joinville rapporte également que Louis manifestait une préférence particulière pour les aveugles, auxquels il pouvait faire l’aumône sans être reconnu. 

Louis IX et Marguerite de Provence : un couple modèle

Le 27 mai 1234, dans la cathédrale de Sens, Louis IX épouse Marguerite de Provence. C’est la rencontre entre la France du Nord des Mérovingiens et des Carolingiens, et la future France du midi. Le mariage a été soigneusement chapeauté par l’omniprésente Blanche de Castille. Il s’agit avant tout d’une union éminemment politique qui doit renforcer la couronne capétienne en Provence. Ce 27 mai 1234, Louis et Marguerite ne se sont encore jamais rencontrés auparavant. Pourtant, le mariage se transforme rapidement en véritable mariage d’amour.

Le jeune couple, très attaché l’un à l’autre, entretient une relation à la fois tendre et très charnelle, ce que Blanche supporte difficilement… Mère possessive et jalouse de sa belle-fille, elle ne tolère guère que les époux se retrouvent seuls, en pleine journée. Louis devra comploter avec des huissiers afin qu’ils fassent le guet et permettent au couple quelques moments d’intimité en dehors de la nuit. Très porté sur les relations corporelles, Louis doit cependant réfréner ses désirs les jours d’interdit religieux ou lorsque les circonstances l’empêchent tout bonnement, au point, selon certains récits, d’arpenter le dallage froid de sa chambre pour dompter ses envies… Cela n’empêchera pas Louis et Marguerite d’avoir onze enfants, parmi lesquels Robert, comte de Clermont, deviendra l’ancêtre de la dynastie des Bourbons, de Henri IV à Charles X. 

Malgré l’emprise persistante de Blanche, Louis et Marguerite forment un couple particulièrement uni. Ils se déplacent ensemble entre Vincennes, le palais de la Cité, Pontoise et les différentes résidences royales, et s’attachent à passer le plus de temps possible avec leurs enfants. 

Pendant près de trente-six ans, jusqu’à la mort de Louis en 1270, Marguerite et lui forment ainsi un couple modèle pour l’époque, uni dans l’intimité mais aussi à la tête du royaume. Leur entente conjugale, leur fidélité et leur vie familiale contribuent d’ailleurs à construire cette image du roi chrétien idéal largement véhiculée après la mort de Louis IX.

La Sainte-Chapelle : consécration de la foi de Saint Louis

En mal de finances, l’Empire romain d’Orient, communément désigné sous la sombre appellation d’Empire byzantin, met en vente en 1237 l’une de ses reliques les plus précieuses : la Couronne d’épines du Christ. Louis IX l’acquiert auprès de l’empereur Baudouin II pour la modique somme de 135 000 livres. Pour comparer, la Sainte-Chapelle, le gigantesque reliquaire que le roi fera construire pour abriter la relique coûtera environ 40 000 livres au trésor royal. 

Au XIIIe siècle, les reliques occupent une place sans commune mesure avec celle qu’elles ont aujourd’hui : objets de dévotion, elles sont aussi des signes de prestige, de puissance et de légitimité politique pour le souverain qui les possède. Les temps ont changé. 

La Couronne d’épines arrive en France en 1239. Louis IX va lui-même à sa rencontre et, selon les récits, l’achemine jusqu’à Paris pieds nus, dépouillé de tout atour royal, dans une mise en scène de la Passion du Christ. En 1241, il acquiert également un fragment de la Vraie Croix, enrichissant encore un trésor qui devient progressivement l’un des plus extraordinaires de la chrétienté occidentale. 

Pour accueillir ces reliques, Louis IX fait édifier au cœur même du palais de la Cité, alors résidence royale, la Sainte-Chapelle, consacrée en 1248 après quelques années seulement de travaux. Reliquaire démesuré, édifice hors normes, la Sainte-Chapelle est directement reliée aux appartements royaux. Chef-d’œuvre du gothique rayonnant, l’édifice doit être un écrin à la mesure des reliques qu’il abrite. La pierre se fait oublier, transcendée par les colonnades de vitraux couvrant près de 600 m² et déployant plus d’un millier de scènes bibliques et de la vie de Louis IX. Saint Louis vient de franchir une étape de taille dans son objectif de faire de la France un pilier de la chrétienté. 

En 1244, alors que le roi tombe gravement malade et semble condamner, Blanche de Castille fait, selon la tradition, déposer sur son corps les saintes reliques nouvellement acquises. Louis guérit. Miracle ou réalité ? L’historien ne peut naturellement pas trancher. Saint Louis l’a fait. Dieu l’a guéri : il partira en croisade par action de grâce.

2.2. – La justice comme idéal chrétien et instrument politique

Avant de partir en croisade, Louis IX lance une vaste enquête dans tout le royaume, destinée à recueillir les plaintes de ses sujets et à dénoncer les abus commis par les agents royaux. Il s’agit de lutter contre la corruption, les exactions et les mauvais agissements de ceux qui exercent l’autorité au nom du roi. Seule la justice peut permettre au royaume d’être stable et pacifié pendant l’absence du roi. Menées à partir de 1247, ces enquêtes donnent lieu à des milliers de témoignages et de plaintes, qui serviront de base aux réformes judiciaires et administratives qu’il entreprendra par la suite. En 1254, à son retour de croisade, Louis IX promulgue la Grande Ordonnance, vaste ensemble de dispositions qui touche aussi bien à l’administration du royaume qu’à la conduite des officiers royaux, à la fiscalité et à l’exercice de la justice.

L’image de Saint Louis rendant la justice sous son chêne de Vincennes relève en partie d’une image d’Épinal, caressant notre rêve d’un chef juste et humble. Elle n’en possède pas moins un solide fondement historique. Louis IX fait de la justice l’un des instruments essentiels de son gouvernement et développe progressivement une justice royale capable de s’imposer face aux juridictions seigneuriales éparpillées, différentes et souvent injustes. Il renforce les cours royales, permet aux justiciables de faire appel au roi et affirme le principe selon lequel même les plus grands seigneurs doivent répondre devant la justice du souverain. Cette conception du roi justicier survivra longtemps à son règne : jusque dans les institutions judiciaires contemporaines, la figure de Saint Louis demeure associée à l’idéal d’une justice royale impartiale (une galerie de la cour de cassation, institution républicaine, porte encore le nom du souverain)

Cette transformation passe aussi par l’abandon progressif des anciennes ordalies, ces « jugements de Dieu » qui prétendaient révéler la culpabilité ou l’innocence par l’épreuve physique, comme le fer rouge ou l’eau chaude. À partir du milieu du XIIIe siècle, Louis IX favorise au contraire une justice fondée sur l’enquête, la recherche des faits et l’audition des témoins. Il ne s’agit plus de demander à Dieu de désigner miraculeusement le coupable, mais de rechercher humainement la vérité par une procédure judiciaire organisée. 

Louis IX n’hésite pas à appliquer cette justice aux plus grands du royaume. Le procès d’Enguerrand de Coucy, en 1259, constitue à cet égard un épisode emblématique : le roi affirme que les privilèges de la haute aristocratie ne peuvent placer un seigneur au-dessus de la justice royale. En imposant progressivement son autorité judiciaire aux grands barons comme aux officiers du royaume, Louis comprend que la justice est bien davantage qu’une fonction parmi d’autres : elle peut devenir un formidable instrument de gouvernement et contribuer à construire l’unité politique du royaume, tout en lui garantissant une assise populaire.

2.3. – Moraliser et moderniser le royaume : le « Siècle de Saint Louis »

Louis IX a le sens dynastique. Premier roi de France à avoir connu son grand-père Philippe Auguste, il grandit dans le souvenir d’un souverain administrateur et centralisateur, qui a renforcé le domaine royal et fait de Paris le cœur politique du royaume. Louis saura prolonger cet héritage dans une Europe où les villes, le commerce et les échanges connaissent un essor considérable.

Louis veut moraliser et christianiser le royaume. Il s’entoure de dominicains et de franciscains, soutient monastères et hôpitaux, nourrit lui-même les pauvres à Vincennes et développe les institutions hospitalières. Cette ambition se retrouve dans la réforme de la justice et des mœurs : les officiers doivent être intègres, les pots-de-vin combattus, tandis que blasphème, jeux d’argent et prostitution sont strictement encadrés et réprouvés. Les prostituées sont envoyées en dehors des villes, dans des cabanes de vois appelées bordes, que la patine du temps nous transmettra en « bordels ». Pour Louis, gouverner revient aussi à rapprocher le royaume d’une véritable cité de Dieu.

La France de Saint Louis connaît parallèlement un formidable essor urbain, économique et intellectuel. Louis encadre la bourgeoisie et les corporations sans freiner leur développement, tandis que l’Université de Paris s’impose comme l’un des grands centres intellectuels de l’Europe ; en 1257, Robert de Sorbon y fonde le collège qui prendra son nom. Sur le plan architectural, Paris, Reims, Chartres, Amiens et Saint-Denis participent au grand épanouissement du gothique. Le XIIIe siècle devient peu à peu, le « siècle de Saint Louis ».

Enfin, Louis renforce les instruments de la monarchie : meilleure collecte des impôts par les baillis et sénéchaux, contrôle accru de la monnaie et frappe de l’écu d’or dans les années 1260. La monnaie devient ainsi un instrument de souveraineté face aux grandes puissances commerciales de la Méditerranée. Louis IX hérite donc d’un royaume déjà transformé par Philippe Auguste, mais il en perfectionne les ressorts administratifs, judiciaires, financiers, religieux et culturels.

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3. – Saint Louis face à ses démons

Homme très pieu, Saint Louis n’était toutefois pas le Christ. Sa ferveur l’a mené à des excès, d’autant plus graves que les siècle qui ont suivis ont donné aux actes du roi une raisonnance macabre.

3.1. – La 7e croisade : échec idéologique

En décembre 1244, Louis IX est frappé d’une dysenterie si grave que la guérison semble impossible aux yeux de son entourage. Au bord de la mort, le roi fait le vœu de se croiser s’il en réchappe. Contre toute attente, il se rétablit et entend bien tenir sa promesse, malgré les réticences de la plupart de ses proches, notamment sa mère, Blanche de Castille, qui, en froide politicienne, mesure les dangers d’une longue absence du roi. Les préparatifs dirent 4 ans pendant lesquels, Louis met en ordre ses affaires en menant ses grandes enquêtes et en achevant la Sainte-Chapelle en 1248. 

Le 12 juin, Louis part en croisade, vêtu en pèlerin et en pénitent. Blanche, profondément éprouvée, reprend alors les rênes du royaume.

Aigues-Mortes, ancien port maritime, s’est éloignée de la mer à cause de l’ensablement progressif des chenaux et des lagunes. La ville médiévale est aujourd’hui située à 6 km de la Méditerrannée.

Grâce à son mariage avec Marguerite de Provence, Louis dispose d’un nouvel accès à la Méditerranée et fait d’Aigues-Mortes le port de départ de la croisade. Plus besoin de demander au roi de Naples l’usage du port de Marseille. Le 25 août 1248, une immense flotte de 1 800 navires prend la mer ; après Chypre, les 25 000 croisés gagnent l’Égypte et s’emparent de Damiette en juin 1249. Mais la marche vers Le Caire tourne au désastre : épidémies, chaleur, manque de ravitaillement et combats déciment l’armée. Malgré la timide victoire de Mansourah en février 1250, les croisés doivent battre en retraite et Louis est capturé. En urgence, Marguerite, restée à Damiette, organise la collecte de la rançon, réunie rapidement avec l’aide des banquiers italiens, confiants dans la solidité du trésor royal français. 

Libéré, Louis refuse pourtant de rentrer en France et reste quatre ans en Orient pour consolider les positions françaises, notamment à Jaffa, Césarée et Saint-Jean-d’Acre. En 1253, il apprend la mort de Blanche, survenue l’année précédente, et en est profondément bouleversé. Après six années d’absence, il regagne finalement la France et débarque à Hyères en juillet 1254. Si cette croisade a été un échec militaire, elle a été riche d’enseignements pour le roi et constitue un tournant dans son règne.

3.2. – Vers une radicalisation du roi : un fanatisme religieux ?

La France de Louis IX est alors le royaume le plus puissant de la chrétienté occidentale : son territoire, sa population et ses ressources lui permettent de disposer d’une armée considérable, capable de rivaliser avec celle de l’Empire germanique. Louis apparaît ainsi comme le premier des rois, celui vers lequel les autres souverains se tournent lorsqu’il s’agit d’arbitrer les grands conflits européens.

Mais le roi n’en reste pas moins profondément humain. Il est colérique, comme son grand-père Philippe Auguste, et entre dans de violentes fureurs lorsque la religion ou l’autorité divine lui semblent bafouées. Son retour de croisade marque à cet égard un tournant : ses pratiques religieuses et pénitentielles s’intensifient, sa rigueur morale devient plus grande et la gaieté qui caractérisait autrefois sa personnalité laisse progressivement place à une image plus austère, presque celle d’un triste sire, entièrement tourné vers la pénitence et le salut.

Cette évolution s’accompagne d’un durcissement à l’égard des minorités religieuses, et notamment des juifs. En 1269, Louis IX impose le port de la rouelle, pièce de tissu distinctive destinée à les séparer visiblement des chrétiens, dans le prolongement des prescriptions du concile de Latran IV de 1215. Il condamne la pratique de l’usure, du prêt à intérêt pratiqué par des banquiers juifs. Cette rouelle jaune doit stigmatiser leur pêché aux yeux de tous. Cette destruction de la corporation des banquiers s’avéra désastreuses pour les décennies à venir.

Louis IX confisque à plusieurs reprises les biens juifs et ordonne la destruction de nombreux exemplaires du Talmud. Moralisation chrétienne et hostilité religieuse profondément ancrée : Louis entend empêcher le mélange entre communautés et soumettre la société entière à un ordre chrétien. Il faut toutefois éviter de qualifier directement ces politiques d’« antisémites », terme anachronique pour le XIIIe siècle ; on peut en revanche parler aisément d’antijudaïsme.

3.3. – Funeste 8e croisade et retour en sainteté

Lorsqu’il se lance dans sa seconde croisade, la huitième de l’Europe occidentale, Louis IX semble ne pas mesurer pleinement l’évolution des sensibilités religieuses de son temps : la croisade n’est plus perçue comme la conquête d’une Jérusalem terrestre. Seule le roi y voit une démarche de pénitence et de salut personnel. Visionnaire et moderne sur tant d’autres plans, Saint Louis se montre ici complètement en retard sur son époque. En 1270, Louis entreprend ainsi une croisade qui tient davantage de l’expédition d’expiation que de la conquête militaire. Le roi, désormais âgé, affaibli et malade, choisit Tunis comme première étape, avec l’espoir notamment de convertir le sultan au christianisme. L’entreprise tourne rapidement au désastre : l’armée s’installe devant Tunis et Carthage, mais une épidémie, probablement de dysenterie ou de typhus, décime les croisés. Elle emporte notamment Jean-Tristan, le fils du roi, né vingt ans plus tôt pendant la première croisade. Le 25 août 1270, Louis IX meurt à son tour devant Tunis, mettant un terme à l’expédition.

La mort de Saint Louis.

Selon la tradition, le roi rend son dernier souffle étendu sur un lit de cendres, les bras en croix, dans une ultime imitation du Christ. Son corps est alors soumis au traitement réservé aux grands morts partis outre-mer : les chairs sont séparées des os afin de permettre un transport efficace. Les os sont ramenés en France et arrivent à Saint-Denis en mai 1271, tandis que les entrailles sont conservées à Palerme, dans le royaume de Sicile gouverné par le frère du défunt roi, Charles d’Anjou. Une partie des chaires est directement inhumée dans les environs de Carthage. En 1306, une partie des reliques de Louis IX est transférée à la Sainte-Chapelle. Une phalange est encore vénérée aujourd’hui à Notre-Dame-des-Sablons, à Aigues-Mortes.

Très vite, la mémoire du roi devient une mémoire miraculeuse : des guérisons sont rapportées sur sa tombe et contribuent à faire de Louis un saint avant même que l’Église ne l’ait officiellement canonisé. Le 11 août 1297, près de vingt-sept ans après sa mort, le pape Boniface VIII canonise Louis IX, dans un contexte où la papauté cherche à redorer son blason après de la couronne française et du roi d’alors, le turbulent Philippe le Bel, petit-fils du roi saint.

Sa canonisation transforme cette sainteté personnelle en un formidable instrument de prestige dynastique : pendant des siècles, la monarchie française pourra se réclamer d’un roi devenu saint, modèle du souverain chrétien et ancêtre prestigieux des Capétiens. Avoir un saint dans sa famille est toujours précieux pour sa légitimité.

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Conclusion

Saint Louis n’est pas seulement la construction d’un imaginaire populaire : il est aussi le chef d’un État en devenir et d’un royaume en pleine transformation, porté par un idéal religieux qu’il déclinera dans les champs politiques et moraux. Après avoir parachevé l’œuvre de Philippe Auguste et placé la maison capétienne au sommet de la pyramide féodale, Louis IX donne un sens nouveau à cette hiérarchie : le roi n’est plus seulement le premier des seigneurs, il devient le garant de la justice, de la paix et du bien commun. En développant la justice royale, en imposant progressivement son autorité aux grands barons et en concentrant les instruments du pouvoir autour de Paris, il contribue à l’affaiblissement de l’ordre féodal au profit d’une monarchie plus centralisée.

Cette figure du roi juste et vertueux traversera les siècles. Au XVIIIe siècle, les Lumières y verront l’image d’un monarque éclairé, sage, soucieux de justice et du bonheur de ses sujets. Les Bourbons sauront également récupérer son héritage : descendant direct de Louis IX, leur dynastie fait de sa mémoire un puissant instrument de légitimation. Au moment de monter à l’échafaud, en ce froid matin de janvier 1793, l’abbé Edgeworth de Firmont dira à Louis XVI : « Montez au Ciel, fils de Saint Louis ! »

Mais Saint Louis appartient aussi à la mémoire populaire : il est devenu une figure presque légendaire, celle d’un roi qui aurait poussé jusqu’au bout son idéal de justice et de sainteté, proche du peuple et loin de sa couronne.

Louis IX aura ainsi voulu être à la fois un roi parfait et un parfait chrétien. C’est tout le paradoxe, et peut-être toute la singularité de son règne : loin de choisir entre le pouvoir temporel et l’idéal religieux, il cherche constamment à les confondre. Il entend gouverner comme un chrétien et sanctifier sa fonction de roi par la justice, la pénitence, la charité et la défense de la foi. Saint Louis est allé au bout de lui-même : jusqu’à faire de son idéal personnel de sainteté un modèle de gouvernement.

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Sources :

  • BORDEAUX, Henry. Un précurseur : vie, mort et survie de Saint Louis, roi de France. FeniXX, 554 p. ISBN 9782259292733.
  • DE BURY, Richardus. Histoire de St. Louis, roi de France. Paris : Audot, 1817.
  • HÉLARY, Xavier. La guerre au Moyen Âge : de Saint Louis à Philippe le Bel. [S. l.] : Place des Éditeurs, 2012, 284
  • GENET, Jean-Philippe. « Saint Louis : le roi politique ». Médiévales, printemps 1998, no 34, p. 25-34. Disponible à l’adresse : https://www.jstor.org/stable/i40117109
  • LE NAIN DE TILLEMONT, Louis-Sébastien. Vie de Saint Louis : roi de France. Vol. 2. Paris : Renouard, 1847.
  • RICHARD, Jean. « Saint Louis ». In : RIALS, Stéphane. Le miracle capétien. Paris : Perrin, 1987, p. 55-62. . Disponible à l’adresse : https://shs.cairn.info/le-miracle-capetien–9782262004330-page-55?lang=fr

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Saint Louis en 10 dates

DateÉvénement
1214Naissance de Louis IX
1226Mort de son père, Louis VIII, et accession au trône
1234Louis IX commence officiellement son gouvernement personnel, en lien étroit avec sa mère.
1239Arrivée de la Couronne d’épines en France
1248Départ pour la septième croisade
1250Capture de Louis IX en Égypte
1254Retour de croisade
1270Départ pour la huitième croisade
1270Mort à Tunis
1297Canonisation de Saint Louis

FAQ — Saint Louis, le roi chrétien

Qui était Saint Louis ?

Saint Louis, de son vrai nom Louis IX, est roi de France de 1226 à 1270. Petit-fils de Philippe Auguste et fils de Louis VIII, il monte sur le trône à l’âge de douze ans, sous la régence de sa mère, Blanche de Castille. Son règne marque une étape décisive dans l’affirmation de l’autorité capétienne, le développement de la justice royale et la construction d’un idéal de monarchie chrétienne.

Pourquoi Louis IX est-il appelé Saint Louis ?

Louis IX est appelé Saint Louis parce qu’il a été canonisé par l’Église catholique en 1297, vingt-sept ans après sa mort. Sa réputation de sainteté repose notamment sur sa piété, son goût pour la prière et la pénitence, son attention aux pauvres et aux malades, mais aussi sur son idéal de justice et son engagement en faveur de la chrétienté. Sa canonisation transforme rapidement sa sainteté personnelle en instrument de prestige pour la monarchie française.

Quand Saint Louis a-t-il régné ?

Louis IX règne de 1226 à 1270, soit près de quarante-quatre ans. Son règne commence alors qu’il n’a que douze ans, sous la régence de Blanche de Castille, et s’achève avec sa mort devant Tunis, lors de la huitième croisade. Cette longue période permet au roi de consolider considérablement l’autorité de la monarchie capétienne et de transformer en profondeur le fonctionnement du royaume.

Pourquoi Saint Louis est-il considéré comme un roi chrétien ?

Saint Louis cherche à faire de sa foi chrétienne un véritable principe de gouvernement. Il accorde une place considérable à la prière, à la confession, à la pénitence et à l’aumône, soutient les monastères et les hôpitaux et fait de la justice un idéal chrétien autant qu’un instrument politique. Il entend ainsi gouverner non seulement en roi, mais en chrétien, jusqu’à vouloir rapprocher le royaume d’une véritable cité de Dieu.

Saint Louis était-il vraiment un roi juste ?

L’image de Saint Louis rendant la justice sous son chêne de Vincennes relève en partie de la légende, mais elle possède un solide fondement historique. Louis IX renforce les cours royales, permet aux justiciables de faire appel au roi et affirme progressivement que même les plus grands seigneurs doivent répondre devant la justice royale. Il contribue également à remplacer les anciennes ordalies, ces « jugements de Dieu », par une justice fondée davantage sur l’enquête, les faits et l’audition des témoins.

Pourquoi Saint Louis a-t-il fait construire la Sainte-Chapelle ?

Louis IX fait construire la Sainte-Chapelle pour abriter les reliques de la Passion du Christ, notamment la Couronne d’épines qu’il acquiert en 1237. Consacré en 1248, l’édifice devient à la fois un extraordinaire reliquaire et une démonstration de la puissance de la monarchie capétienne. Par ses vitraux, ses dimensions et son lien direct avec le palais royal, la Sainte-Chapelle participe à la volonté de Louis IX de faire de la France un pilier de la chrétienté occidentale.

Combien de croisades Saint Louis a-t-il faites ?

Louis IX participe à deux croisades. La première, la septième croisade, débute en 1248 et se solde par la capture du roi en Égypte en 1250. Après sa libération, Louis reste plusieurs années en Orient avant de rentrer en France en 1254. En 1270, il entreprend une seconde expédition, la huitième croisade, qui le conduit devant Tunis où il meurt le 25 août.

Pourquoi Saint Louis est-il parti en croisade ?

Louis IX part en croisade à la suite d’un vœu formulé alors qu’il est gravement malade en 1244. Convaincu d’avoir été sauvé par Dieu, il entend tenir sa promesse et se croiser. La croisade est donc pour lui autant une entreprise militaire qu’un acte de pénitence et de salut. Cette conception très personnelle de la croisade explique en partie la place considérable qu’elle occupe dans les dernières années de son règne.

Comment Saint Louis est-il mort ?

Saint Louis meurt le 25 août 1270 devant Tunis, au cours de la huitième croisade. Affaibli et malade, il succombe probablement à une épidémie qui décime alors l’armée croisée. Selon la tradition, il rend son dernier souffle étendu sur un lit de cendres, les bras en croix, dans une ultime imitation du Christ.

Pourquoi Saint Louis a-t-il été canonisé ?

La canonisation de Louis IX repose sur la réputation de sainteté qui se développe rapidement après sa mort. Des guérisons miraculeuses sont rapportées sur sa tombe et contribuent à faire de lui une figure sainte avant même sa canonisation officielle. Le pape Boniface VIII canonise finalement Louis IX le 11 août 1297, transformant la mémoire du roi en modèle du souverain chrétien.

Saint Louis a-t-il persécuté les juifs ?

La politique religieuse de Louis IX connaît un durcissement important, notamment à l’égard des populations juives. Le roi impose notamment en 1269 le port de la rouelle, signe distinctif destiné à les séparer visiblement des chrétiens, et ordonne à plusieurs reprises des confiscations ainsi que la destruction d’exemplaires du Talmud. Il convient de parler d’antijudaïsme, plutôt que d’antisémitisme, ce dernier terme étant anachronique pour le XIIIe siècle.

Qu’est-ce que le « siècle de Saint Louis » ?

L’expression « siècle de Saint Louis » désigne le XIIIe siècle, période durant laquelle le royaume de France connaît un important essor politique, économique, urbain, intellectuel et artistique. Le règne de Louis IX devient rétrospectivement le symbole de cette transformation. Le roi renforce l’administration, la justice et les instruments de la monarchie tout en accompagnant l’essor des villes, de l’Université de Paris et de l’architecture gothique.

Saint Louis était-il vraiment un modèle de roi chrétien ?

Saint Louis demeure une figure profondément paradoxale. D’un côté, il incarne la piété, la charité, la justice et la recherche de la perfection chrétienne. De l’autre, sa foi le conduit aux croisades et à une politique religieuse de plus en plus rigoureuse, notamment à l’égard des juifs. Son originalité réside précisément dans cette volonté de confondre pouvoir temporel et idéal religieux : Louis IX cherche à faire de sa propre sainteté un modèle de gouvernement.