Histoire de l’Islam : des origines arabes à une civilisation mondiale

Né dans la péninsule Arabique au VIIᵉ siècle, l’islam s’impose progressivement comme une religion majeure et donne naissance à l’une des grandes civilisations de l’histoire. De l’Arabie de Muhammad aux puissants califats et empires qui lui succèdent, son histoire est celle d’une profonde transformation politique, religieuse, économique, scientifique et culturelle du Moyen-Orient et, au-delà, du monde.

Le Proche-Orient était dominé par la rivalité byzantino-sassanide, mais chacun des deux empires s’appuyait sur des alliés arabes. Ainsi Byzance utilisait les royaumes clients chrétiens (Ghassanides) et la Perse soutenaient les royaumes arabes alliés (Lakhmides). L’Arabie elle-même n’était pas simplement un « tampon », mais comprenait des États locaux et des réseaux commerciaux propres.

Après l’assassinat de l’empereur Maurice (602), Khosro II lance une guerre longue de vingt ans. De 602 à 622, les Sassanides conquièrent progressivement une grande partie du Levant (Syrie, Palestine) et, pour la première fois, l’Égypte. En 626 ils assiègent Constantinople aux côtés des Avars et Slaves, mais le siège échoue. La contre-offensive byzantine menée par Héraclius (622–627) inversera la tendance, menant au traité de 628. Pendant ce temps, le prophète Mohammed prêche une nouvelle religion dans la péninsule Arabique, une religion qui a pour vocation un universalisme religieux, sociétal et politique. Ce dernier et ses successeurs ont réussi à conquérir de vastes territoires géographiques appartenant aux deux empires et s’étendent au-delà.

Plan de l’article

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Islam et Arabie

L’histoire de l’islam ne peut être réduite à une succession de conquêtes militaires ou à une simple chronologie religieuse. Elle est l’une des trois grandes religions monothéistes et abrahamiques, aux côtés du judaïsme et du christianisme. Né au VIIᵉ siècle dans la péninsule Arabique, il est fondé sur les révélations que le prophète Mohammed (vers 570-632) affirme avoir reçues de Dieu (Allah) par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. Pour les musulmans, Muḥammad est le dernier des prophètes, venu confirmer et achever les révélations précédemment transmises à Abraham, Moïse et Jésus. Le Coran est considéré comme la parole de Dieu révélée à Muḥammad et constitue la source première de la foi et de la pratique musulmanes. Il est complété par la Sunna, qui regroupe les paroles, les actes et les approbations attribués au Prophète.

Contrairement à une idée longtemps répandue, la péninsule Arabique au VIIe siècle n’était pas isolée du reste du monde. Elle se trouvait au carrefour des routes commerciales reliant l’Empire byzantin, l’Empire sassanide, la Corne de l’Afrique et l’océan Indien. Les tribus arabes y pratiquent majoritairement différentes formes de polythéisme, tandis que des communautés juives et chrétiennes sont implantées dans plusieurs régions de l’Arabie. Quant aux lieux saints de La Mecque et de Médine, ils ont une histoire bien antérieure à la période islamique : la première, où naît Mohammed vers 570, est alors un centre religieux et commercial important à l’échelle régionale, tandis que la seconde, alors appelée Yathrib, connaît notamment une importante présence de communautés juives et arabes.

La pratique religieuse de l’islam repose traditionnellement sur cinq obligations fondamentales, communément appelées les « cinq piliers » : la profession de foi (“J’atteste qu’il n’y a pas d’autre dieu que Dieu et que Mohammed est son Prophète”), la prière, l’aumône légale, le jeûne du mois de Ramadan et le pèlerinage à La Mecque. Ces pratiques constituent le socle commun de la vie religieuse des musulmans, bien que leur interprétation et certaines modalités puissent varier selon les écoles juridiques et les différentes traditions de l’islam. L’islam propose une conception globale de l’existence fondée sur la soumission à la volonté divine.

Selon l’histoire musulmane, en 610, alors qu’il médite dans la grotte de Hira, Mohammed reçoit la première révélation divine transmise par l’ange Gabriel. Ces révélations, qui se poursuivront pendant plus de vingt ans, formeront plus tard le Coran. Son message est le suivant : il n’existe qu’un seul Dieu, Allah, et tous les hommes sont appelés à se soumettre à Sa volonté.

Les débuts sont difficiles. Les notables mecquois s’opposent à cette nouvelle religion qui remet en cause leur pouvoir politique, économique et religieux. En 622, Mohammed et ses compagnons quittent La Mecque pour s’installer à Yathrib, bientôt appelée Médine. Cette émigration, connue sous le nom de l’Hégire (Hijra), marque le début du calendrier musulman.

À la mort du Prophète en l’an 632, un successeur doit être désigné afin de poursuivre l’œuvre de Mohammed. Quatre califes se succèderont l’un après l’autre et seront appelés par la tradition sunnite les califes rashidun, c’est-à-dire les « califes bien guidés ». Ces califes se prénomment Abou Bakr, Omar ibn Al-Khattab, Othman ibn Affan et Ali ibn Abi Taleb. Sous leur autorité (632-661), les armées musulmanes remportent une série de victoires contre les Empires byzantin et sassanide. En moins de trente ans, elles conquièrent notamment la Syrie, la Palestine, l’Égypte, la Mésopotamie et une grande partie de l’ancien Empire sassanide, bouleversant durablement l’équilibre politique du Proche-Orient et provoquant l’avènement d’un nouvel empire.

À la mort du Prophète en l’an 632, un successeur doit être désigné afin de poursuivre l’œuvre de Mohammed. Quatre califes se succèderont l’un après l’autre et seront appelés par la tradition sunnite les califes rashidun, c’est-à-dire les « califes bien guidés ». Ces califes se prénomment Abou Bakr, Omar ibn Al-Khattab, Othman ibn Affan et Ali ibn Abi Taleb. Sous leur autorité (632-661), les armées musulmanes remportent une série de victoires contre les Empires byzantin et sassanide. En moins de trente ans, elles conquièrent notamment la Syrie, la Palestine, l’Égypte, la Mésopotamie et une grande partie de l’ancien Empire sassanide, bouleversant durablement l’équilibre politique du Proche-Orient et provoquant l’avènement d’un nouvel empire.

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Les trois courants de l’islam

Le sunnisme

Le sunnisme représente aujourd’hui la grande majorité des musulmans et se base essentiellement sur le Coran ainsi que sur la Sunna, notamment à travers les hadiths rapportant les paroles, les actes et les approbations attribués au Prophète. Il s’est progressivement structuré autour de plusieurs écoles juridiques, dont les quatre principales sont le hanafisme, le malékisme, le chaféisme et le hanbalisme. Ces écoles proposent des méthodes différentes d’interprétation et de raisonnement juridique, tout en partageant les fondements essentiels de la tradition sunnite.

Largement majoritaire, le sunnisme considère que le Coran a été révélé parfaitement.  Immuable, il considère que tout homme est appelé à devenir croyant et interdit toute apostasie. C’est aussi pourquoi il n’imagine pas de séparation entre le temporel et le spirituel (pas de séparation entre le politique et le religieux), pas plus qu’il ne reconnaît d’intermédiaire entre le croyant et Dieu : le Calife est donc Commandeur des Croyants. Depuis cette date, à l’exception du Roi du Maroc dans son royaume, nul ne peut s’exprimer avec autorité au nom de l’islam sunnite, le rôle des muftis étant réduit à celui d’interprètes de la Loi divine dans le cadre limité des quatre écoles juridiques sunnites. Ils sont seulement des pasteurs choisis par des hommes et font office de guides lors de la prière. 

Le chiisme

Le chiisme  se base sur la légitimité familiale, prenant en compte que le quatrième successeur au Prophète, Ali Ibn Abi Taleb, était à la fois le cousin et le gendre de Mohammed, et par conséquent, les chiites sont les partisans fidèles d’Ali. Son assassinat à Koufa en Irak actuel ainsi que la mort de Hussein, son fils, à Karbala en 680, devient l’événement fondateur de leur mémoire religieuse

Le chiisme, branche ultra minoritaire de l’Islam, se distingue radicalement du sunnisme par un certain nombre de points dont le premier est la position unique qu’occupe le concept de l’Imamat. L’Imam est, depuis la mort du Prophète, le dépositaire de la Loi, le gardien et l’interprète de cette Loi, en raison de l’impuissance du Coran et de la Sunna à prévoir tous les cas particuliers. Sa fonction est de guider les croyants dans tous les aspects de leur existence. À l’instar du Prophète, il doit être désigné par Dieu. Appartenant à la Maison du Prophète, les Imams tirent leur autorité directement de Dieu. Prenant cela en compte, le chiisme a un clergé bien défini et une hiérarchie bien présente. Comme le Prophète, il est impeccable et infaillible. Sa science est une science divinement inspirée et non acquise. Les ayatollahs, mot dérivé du mot arabe « Ayât Allâh » ou « Versets de Dieu » sur terre, est une expression désignant le chef religieux qui a également une fonction politique de gouverneur sur la “wilaya” ou la province islamique, mettant à l’évidence la volonté du rôle divin des Imams. Parmi leurs qualités, ils sont les médiateurs entre les hommes et Dieu et les intercesseurs le jour du Jugement dernier. 

Après la mort du Prophète Mohammed, il était nécessaire de choisir des successeurs pour que le rôle de “Guide Suprême” (Imam) persiste. Et c’est la désignation testamentaire faite par l’Imam en place de son successeur (la « naṣṣ ») qui, seule, permet la continuité de la mission qui lui est dévolue. Le premier Imam qui succéda au Prophète fut Ali Ibn Abi Taleb, puis Ḥassan et Ḥussein ses fils, jusqu’au douzième Imam Muḥammad al-Mahdi, qui a disparu mystérieusement en 874 et dont les chiites attendent le retour; C’est l’Occultation : son Imamat a toujours cours et il reviendra à la fin des temps pour instaurer un règne de justice et de vérité. C’est lui le véritable guide de la communauté, il est le chef temporel et spirituel désigné par Dieu, mais son règne est occulté ce qui implique que tout autre pouvoir que le sien est une usurpation et un ennemi potentiel. Pour pallier à cette absence d’un chef visible, le chiisme a donc naturellement développé un clergé très hiérarchisé et puissant, composé de « savants », contrairement au sunnisme. 

Une autre particularité essentielle du chiisme est l’usage licite de la dissimulation ou la “taqiyya”. À partir du VIIIe siècle, elle autorise le croyant à dissimuler sa véritable foi dès lors qu’il se croit en danger et s’explique par le fait que le chiisme est un courant de minorités, d’exclus et de persécutés. 

L’ibadisme

Le courant ibadite est généralement considéré comme l’héritier du courant kharijite apparu lors de la Première Fitna. Les kharijites se séparèrent notamment d’Ali après son acceptation de l’arbitrage avec Muawiya à la suite de la bataille de Siffin en 657. Contrairement aux courants kharijites les plus radicaux, les ibadites développèrent progressivement une tradition religieuse et politique distincte, qui existe encore aujourd’hui principalement à Oman ainsi que dans certaines régions d’Afrique du Nord. 

À partir de là, comment l’islam au Moyen-Orient, inscrit dans l’évolution du temps, est-il devenu une civilisation dont l’influence politique, religieuse, scientifique, économique et culturelle continue de marquer profondément le monde contemporain ?

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Plan de la série

Afin de répondre à cette problématique, cette série suivra une progression chronologique couvrant près de quinze siècles d’histoire.

  • La première partie replacera la naissance de l’islam dans son contexte historique, depuis la division de l’Empire romain en 395 jusqu’à la mort du Prophète Muhammad en 632. Elle permettra de comprendre les réalités politiques, économiques, religieuses et sociales de l’Arabie préislamique ainsi que les premières étapes de la prédication islamique.
  • La deuxième partie sera consacrée aux califes rashidun, les successeurs immédiats du Prophète. Cette période est déterminante puisqu’elle voit la consolidation de la jeune communauté musulmane, les premières grandes conquêtes ainsi que l’apparition des premières divisions politiques et religieuses. Une sous-partie sera consacrée à Khalid ibn al-Walid, figure majeure des premières conquêtes musulmanes, surnommé dans la tradition islamique « le Sabre d’Allah ». Son parcours permettra d’étudier le rôle des chefs militaires dans l’expansion du premier califat.
  • La troisième partie abordera la dynastie des Omeyyades, qui transforma le califat en un immense empire s’étendant de la péninsule Ibérique jusqu’aux frontières de l’Inde. Cette période verra également l’affirmation de nouvelles institutions politiques et religieuses.
  • La quatrième partie sera consacrée aux Abbassides, dont le règne correspond à l’un des sommets de la civilisation islamique. Seront étudiés le développement des sciences, de la philosophie, de la médecine, du commerce, des institutions administratives ainsi que le rayonnement intellectuel de Bagdad.
  • La cinquième partie présentera les principales entités politiques apparues avant le déclin abbasside, notamment les Fatimides, les Seldjoukides et d’autres puissances régionales qui participèrent à la diversification du monde musulman.
  • La sixième partie analysera les Croisades et le concept de djihad dans leur contexte historique. L’acquisition et la défense de Jérusalem constitueront le fil conducteur de cette période marquée par les affrontements entre puissances chrétiennes et musulmanes. Une sous-partie sera consacrée à Saladin, dont la personnalité demeure l’une des plus marquantes de l’histoire médiévale, tant dans les traditions musulmanes qu’occidentales.
  • La septième partie s’intéressera aux conséquences de la prise de Bagdad par les Mongols en 1258 ainsi qu’à l’émergence du sultanat mamelouk, qui jouera un rôle essentiel dans la préservation des territoires musulmans face aux invasions.
  • La huitième partie étudiera la fondation de l’Empire ottoman, son ascension progressive, la conquête de Constantinople en 1453 et l’intégration des territoires mamelouks en 1516-1517, événements majeurs dans l’histoire du monde islamique.
  • La neuvième partie présentera l’apogée de l’Empire ottoman entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècle, son organisation politique, militaire, économique et administrative ainsi que son expansion vers l’Europe, l’Afrique et l’Asie.
  • La dixième partie analysera les causes du lent déclin ottoman au XIXᵉ siècle, les réformes entreprises, les pressions des puissances européennes, les mouvements nationalistes arabes, européens et arméniens et les conséquences de la Première Guerre mondiale qui aboutirent à la disparition du califat ottoman.

Enfin, un dernier hors-série sera consacré aux Frères musulmans, depuis leur fondation au début du XXᵉ siècle jusqu’à leur influence actuelle. Ce chapitre permettra d’aborder l’émergence des mouvements islamistes modernes, leurs évolutions, leurs objectifs, leurs divisions internes ainsi que les perceptions contrastées qu’ils suscitent dans le monde musulman et au-delà.

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SOURCES :

  • FILIU, Jean-Pierre. Histoire du Moyen-Orient de 395 à nos jours. 2e éd. Paris : Éditions du Seuil, 2023. [1re éd. 2021].
  • HANNE, Olivier. Histoire du djihad. Paris : Éditions Tallandier, 2025.
  • JAJE, Ameer. « Histoire et caractéristique de l’Islam chiite ». Proche-Orient Chrétien. 2020, t. 70, no 1-4.
  • LUIZARD, Pierre-Jean. « A. – Le dogme chiite et l’évolution du statut des ulemas ». In : La formation de l’Irak contemporain. Paris : CNRS Éditions, 2002. Disponible à l’adresse : https://books.openedition.org/editionscnrs/1435?lang=fr.

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