Le climat peut-il devenir une cause de guerre ?

Alors que les effets du dérèglement climatique s’accélèrent : sécheresses, montée des eaux, famines, une question géopolitique émerge : les tensions environnementales vont-elles nécessairement déboucher un conflit armé généralisé ?[1]

Au sens large, la « guerre » se définit comme étant un « acte de violence dont l’objectif est de contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté »[2] (Carl Von Clausewitz). Plus largement, c’est un « conflit ouvert, armé et organisé entre des entités politiques constitués, […] légitimant l’usage de la violence et la mort de l’ennemi, et donnant lieu à des combats plus ou moins circonscrits »[3].

L’environnement de son côté a plusieurs sens : l’environnement physique qui nous entourent tel un cadre, un lieu dans lequel nous vivons[4], mais celui qui nous intéresse le plus aujourd’hui est celui qui a un sens écologique. En ce sens, l’environnement désigne l’ensemble des éléments naturels et des interactions physico-chimiques et biologiques qui permettent la vie sur Terre[5].

Les ressources naturelles issues de cet environnement ont toujours été au cœur de rivalités et de conflits locaux. Avec leur raréfaction, pourraient-elles carrément devenir un casus belli au niveau mondial ?

Des conflits environnementaux meurtriers : déjà une réalité quotidienne

La médiatisation constante des conflits environnementaux le démontre bien : les ressources naturelles sont depuis toujours, une source de violences chroniques, de morts indirectes et de tensions interétatiques.

L’exemple le plus emblématique des tensions interétatiques est celui Du deuxième plus long fleuve au monde, le Nil[6]. Le contentieux historique oppose principalement l’Éthiopie, pays en amont, à l’Égypte, pays en aval qui dépend à 90 % du fleuve[7]. La construction par l’Éthiopie du Grand Barrage de la Renaissance (GERD) inauguré en 2025 est perçue par l’Egypte comme une menace existentielle car ce barrage peut stocker jusqu’à 64 milliards de m³ d’eau soit plus que la part annuelle moyenne de l’Égypte[8]. Pour l’Éthiopie, ce projet financé en grande partie par ses citoyens devrait fournir de l’électricité à des millions de foyers. Les tensions sont ravivées par l’échec des négociations et la remise en cause des traités de 1929 et 1959 qui accordaient la part du lion à l’Égypte. Si une guerre ouverte est jugée peu probable, la coopération régionale peine à s’installer malgré la création prochaine d’une Commission du bassin du Nil[9].

Climat
LE MONDE. L’Ethiopie lance la production d’électricité du grand barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu [en ligne]. 21 février 2022. Disponible à l’adresse : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/02/21/l-ethiopie-lance-la-production-d-electricite-du-grand-barrage-de-la-renaissance-sur-le-nil-bleu_6114580_3212.html (Consulté le 31 août 2026).
KING, Jonah. Movie Review: Blood Diamond [en ligne]. 25 mai 2018. Disponible à l’adresse : https://jonahking.medium.com/movie-review-blood-diamond-5e20802156c (Consulté le 31 août 2026).

Le conflit cette fois-ci meurtrier et armé dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), où des groupes armés comme le M23 et l’armée congolaise s’affrontent pour le contrôle de mines de coltan, d’or et de cobalt, est un exemple d’actualités de guerre des ressources[10][11]. Ces minerais, essentiels à nos smartphones, ordinateurs et voitures électriques, sont extraits dans des conditions brutales par des civils forcés, puis acheminés en contrebande vers les pays voisins (notamment le Rwanda) où ils sont blanchis et réexportés vers le marché mondial, finançant directement l’achat d’armes et l’entretien des milices[12]. Cette réalité conflictuelle, tragiquement ancienne, trouve une illustration marquante dans le film « Diamant de sang »[13] (« Blood Diamond »[14]). Depuis 1998, ce conflit a déjà fait plus de 6 millions de victimes[15] et contraint près de 7 millions de personnes[16] à l’exil[17].

Enfin, même si la Guerre en Ukraine est présentée de part et d’autre territoriale ou idéologique, elle dissimule en réalité une guerre de ressources pour la sécurité alimentaire[18] et énergétique mondiale. L’Ukraine possède 25 % des terres arables les plus fertiles de la planète et son blé, son maïs et son huile de tournesol nourrissent des dizaines de pays d’Afrique et du Moyen-Orient[19]. Mais le pays recèle aussi d’immenses richesses minières car le sol ukrainien abrite les deuxièmes réserves de gaz naturel d’Europe, des gisements majeurs de pétrole, ainsi que des minerais critiques comme le lithium, le titane, l’uranium et des terres rares, dont 70 % se trouvent précisément dans les régions du Donbass[20]. La, Tandis que les États-Unis et l’UE convoitent ces ressources essentielles à leur transition énergétique ainsi qu’à leur indépendance, la Russie cherche à renflouer son économie de guerre et à affaiblir durablement les autres pays[21]. Même si les données évoquées dans les médias n’évoquent pas une guerre de ressources[22], le conflit aurait fait (nombres variants entre les ressources) environ 2 millions de morts[23] [24].

TOUTELEUROPE.EU. Minerais, terres rares : pourquoi le riche sol de l’Ukraine est-il stratégique pour les États-Unis ? [en ligne]. 13 mai 2025. Disponible à l’adresse : https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/minerais-terres-rares-pourquoi-le-riche-sol-de-l-ukraine-attire-les-convoitises-des-etats-unis/ (Consulté le 31 août 2026).

Ces trois exemples illustrent le fait que l’environnement et les ressources sont d’ores et déjà à l’origine de conflits meurtriers. Mais même si ces tensions locales sont réelles, plusieurs freins structurels et diplomatiques empêchent l’environnement de devenir le déclencheur d’une guerre généralisée.

Pourquoi une guerre mondiale écologique reste peu probable ?

Le monde est structuré en blocs militaires solides qui élèvent considérablement le coût d’une éventuelle guerre pour les ressources.

Une guerre déclenchée pour l’eau du Nil entre l’Égypte et l’Éthiopie impliquerait inévitablement des alliés de poids comme l’Arabie Saoudite, la Turquie, les États-Unis ou la Chine à travers leurs différents accords de défense respectifs, scénario dissuasif pour les belligérants.

La guerre en Ukraine quant à elle constitue, en réalité, un contre-exemple à une guerre généralisée. Indirectement, nous pouvons affirmer que l’ensemble des pays européens ayant fourni des armes à l’Ukraine et inversement les pays asiatiques ayant approvisionné la Russie, participent à ce conflit à haute intensité. Il n’en reste pas moins évident que ce conflit se déroule, comme les précédents, à une échelle physiquement locale. L’alliance de l’OTAN, par son article 5 sur la défense collective[25], aurait mécaniquement entraîné une généralisation du conflit. Or l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN.

Par ailleurs, la coopération internationale et le droit de l’environnement ne cessent de se renforcer, offrant des cadres juridiques et diplomatiques pour désamorcer les tensions. Comme évoqué précédemment, les traités existent, comme la Convention sur l’eau de l’ONU, les accords sur les cours d’eau transfrontaliers[26][27] ou encore la Commission du Nil[28], qui tentent, malgré les difficultés, de réguler le partage des ressources hydriques entre États riverains. Des mécanismes de médiation, pilotés par la Banque mondiale ou l’ONU, ont déjà prouvé leur efficacité par le passé, comme dans le conflit entre l’Inde et le Pakistan sur le partage des eaux de l’Indus[29], géré en partie par la Banque mondiale depuis 1960. Enfin, l’essor des énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien réduit progressivement la dépendance mondiale aux ressources fossiles et minières, et donc les motifs de prédation. À mesure que les technologies propres se développent, la compétition pour le pétrole, le gaz ou certains minerais stratégiques s’atténue, ouvrant la voie à une coopération accrue plutôt qu’à l’affrontement.

Finalement, l’interdépendance économique constitue un troisième rempart contre une guerre écologique généralisée. Aujourd’hui, aucune grande puissance n’a intérêt à détruire son partenaire commercial : la Chine a besoin des terres ukrainiennes pour ses importations de blé, l’Europe dépend du gaz russe malgré la guerre et les États-Unis sont tributaires du cobalt congolais pour leurs industries technologiques. Cette toile d’interdépendances rend une guerre pour les ressources contre-productive car elle détruirait précisément ce que les belligérants convoitent.

L’environnement est, dans les faits, déjà une cause de conflits mais sous des formes chroniques et locales. Il ne s’agit donc pas de guerres écologiques mais de guerres pour le contrôle des ressources vitales. Le vrai défi n’est pas d’empêcher une guerre mondiale écologique (peu probable), mais de gérer les conflits locaux par la diplomatie préventive, l’aide au développement et la transition énergétique.


[1] DIATO Ludmila. LE CAMULOGÈNE. Réchauffement, dérèglement, changement climatique : de quoi parlons-nous ? [en ligne]. 27 janvier 2026. Disponible à l’adresse : https://lecamulogene.fr/2026/01/27/rechauffement-dereglement-changement-climatique-de-quoi-parlons-nous/ (Consulté le 31 août 2026).

[2] HABEREY, Gilles et PEROT, Hugues. Les 7 péchés capitaux du chef militaire [en ligne]. Editions Pierre de Taillac, 2021. Disponible à l’adresse : https://editionspierredetaillac.com/products/les-7-peches-capitaux-du-chef-militaire (Consulté le 29 août 2026).

[3] GÉOCONFLUENCES. Guerre [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/guerre (Consulté le 29 août 2026). [Contenu non accessible lors de la consultation].

[4] CENTRE NATIONAL DE RESSOURCES TEXTUELLES ET LEXICALES (CNRTL). Environnement [en ligne]. Dans : TLFi. Disponible à l’adresse : https://www.cnrtl.fr/definition/environnement (Consulté le 29 août 2026).

[5] GÉOCONFLUENCES. Environnement [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/environnement (Consulté le 29 août 2026). [Contenu non accessible lors de la consultation].

[6] FIGARONAUTISME. Le long des 10 plus grands fleuves du monde [en ligne]. 28 juillet 2025. Disponible à l’adresse : https://figaronautisme.meteoconsult.fr/actus-nautisme-escales/2025-07-28/32874-le-long-des-10-plus-grands-fleuves-du-monde (Consulté le 29 août 2026).

[7] AFRICA CLIMATE INSIGHTS. Le Nil à la croisée des chemins : climat, conflits et quête de coopération [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://africaclimateinsights.org/fr/le-nil-a-la-croisee-des-chemins-climat-conflits-et-quete-de-cooperation/ (Consulté le 29 août 2026).

[8] BBC NEWS AFRIQUE. [En ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.bbc.com/afrique/articles/c5y8x06j373o (Consulté le 29 août 2026).

[9] VEILLE EAU. Éthiopie-Égypte : la guerre du Nil ? – L’essentiel du Dessous des cartes [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://veille-eau.com/videos/ethiopie-egypte-la-guerre-du-nil-l-essentiel-du-dessous-des-cartes (Consulté le 29 août 2026).

[10] TF1 INFO. Guerre RDC-Congo-Rwanda : une course aux ressources [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.tf1info.fr/international/guerre-rdc-congo-rwanda-m23-une-course-aux-ressources-pourquoi-le-conflit-en-republique-democratique-du-congo-risque-de-s-etendre-2347194.html (Consulté le 29 août 2026).

[11] AMNESTY INTERNATIONAL BELGIQUE. RDC : sources des conflits [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.amnesty.be/infos/actualites/rdc-sources-conflits (Consulté le 29 août 2026).

[12] BBC NEWS AFRIQUE. [En ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.bbc.com/afrique/articles/ckgzmr1vzy1o (Consulté le 29 août 2026).

[13] BRITANNICA. Blood diamond [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.britannica.com/topic/blood-diamond (Consulté le 29 août 2026).

[14] RESEARCHGATE. Diamonds and Dependency: A Case study of Blood Diamond
[En ligne]. ResearchGate. Disponible à l’adresse : https://www.researchgate.net/publication/388663917_Diamonds_and_Dependency_A_Case_study_of_Blood_Diamond (Consulté le 29 août 2026).

[15] AMNESTY INTERNATIONAL. Why is the Democratic Republic of Congo wracked by conflict? [en ligne]. 29 octobre 2024. Disponible à l’adresse : https://www.amnesty.org/fr/latest/campaigns/2024/10/why-is-the-democratic-republic-of-congo-wracked-by-conflict/ (Consulté le 29 août 2026).

[16] RELIEFWEB. République démocratique du Congo : Personnes déplacées internes et retournées (janvier 2026) [en ligne]. 20 février 2026. Disponible à l’adresse : https://reliefweb.int/report/democratic-republic-congo/republique-democratique-du-congo-personnes-deplacees-internes-et-retournees-janvier-2026 (Consulté le 29 août 2026).

[17] MÉDECINS SANS FRONTIÈRES (MSF). RDC : dans le Nord-Kivu, la crise humanitaire s’aggrave à Walikale touchée par le conflit [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.msf.fr/actualites/rdc-dans-le-nord-kivu-la-crise-humanitaire-s-aggrave-a-walikale-touchee-par-le-conflit (Consulté le 29 août 2026).

[18] U.S. DEPARTMENT OF STATE. Qu’est-ce que la sécurité alimentaire ? [en ligne]. Stories.state.gov. Disponible à l’adresse : https://stories.state.gov/what-is-food-security-fr/ (Consulté le 29 août 2026).

[19] TOUTE L’EUROPE. Minéraux, terres rares : pourquoi le riche sol de l’Ukraine attire les convoitises des États-Unis [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/minerais-terres-rares-pourquoi-le-riche-sol-de-l-ukraine-attire-les-convoitises-des-etats-unis/ (Consulté le 29 août 2026).

[20] PUBLIC SÉNAT. Minerais ukrainiens : que contient l’accord historique signé entre les Etats-Unis et l’Ukraine ? [en ligne]. 2 mai 2025. Disponible à l’adresse : https://www.publicsenat.fr/actualites/international/minerais-ukrainiens-que-contient-laccord-historique-signe-entre-les-etats-unis-et-lukraine (Consulté le 29 août 2026).

[21] LES ECHOS. Guerre en Ukraine : comment la Russie pille les ressources dans les territoires occupés [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.lesechos.fr/monde/europe/guerre-en-ukraine-comment-la-russie-pille-les-ressources-dans-les-territoires-occupes-2232046 (Consulté le 29 août 2026).

[22] UNITED NATIONS. [En ligne]. Disponible à l’adresse : https://news.un.org/fr/story/2026/07/1159188 (Consulté le 29 août 2026).

[23] CNEWS. Russie-Ukraine : le nombre de pertes liées à la guerre aurait atteint 2 millions [en ligne]. 2 juillet 2026. Disponible à l’adresse : https://www.cnews.fr/monde/2026-07-02/russie-ukraine-le-nombre-de-pertes-liees-la-guerre-aurait-atteint-2-millions (Consulté le 29 août 2026).

[24] FRANCEINFO. La guerre en Ukraine a fait plus de deux millions de morts, blessés et disparus parmi les militaires russes et ukrainiens [en ligne]. 1er juillet 2026. Disponible à l’adresse : https://www.franceinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/la-guerre-en-ukraine-a-fait-plus-de-2-millions-de-morts-blesses-et-disparus-chez-les-militaires_8089145.html (Consulté le 29 août 2026).

[25] OTAN. La défense collective et l’Article 5 [en ligne]. Mis à jour le 13 novembre 2025. Disponible à l’adresse : https://www.nato.int/fr/what-we-do/introduction-to-nato/collective-defence-and-article-5 (Consulté le 29 août 2026).

[26] NATIONS UNIES – COMMISSION ÉCONOMIQUE POUR L’EUROPE (UNECE). Progrès en matière de coopération dans le domaine des eaux [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://unece.org/fr/environment-policy/publications/progres-en-matiere-de-cooperation-dans-le-domaine-des-eaux-1 (Consulté le 29 août 2026). [Accès refusé (erreur 403)]

[27] LOURES, Flavia, RIEU-CLARKE, Alistair et VERCAMBRE, Marie-Laure. Tout ce que vous devez savoir sur la Convention des Nations Unies sur les cours d’eau internationaux [en ligne]. WWF, juillet 2009. Disponible à l’adresse : https://wwfeu.awsassets.panda.org/downloads/wwf_un_watercourses_brochure_low_res_july2009rev_fr_1.pdf (Consulté le 29 août 2026).

[28] INSTITUT D’ÉTUDES DE SÉCURITÉ (ISS). Les dissensions régionales compliquent le travail de la Commission du bassin du Nil [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://issafrica.org/fr/iss-today/les-dissensions-regionales-compliquent-le-travail-de-la-commission-du-bassin-du-nil (Consulté le 29 août 2026).

[29] CLIMATE DIPLOMACY. Water conflict and cooperation between India and Pakistan [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://climate-diplomacy.org/case-studies/water-conflict-and-cooperation-between-india-and-pakistan (Consulté le 29 août 2026).