Le sommet Africa Forward, organisé à Nairobi les 11 et 12 mai 2026 marque une nouvelle étape dans les relations entre la France et le continent africain. Plus de trente chefs d’État et de gouvernement africains ont répondu à l’invitation du président français Emmanuel Macron dans un contexte où Paris cherche à redéfinir sa présence politique, économique et sécuritaire en Afrique.
Ce sommet soulève une interrogation centrale : assiste-t-on à un véritable renouvellement des relations entre la France et l’Afrique ou à une continuité, sous une autre forme, de la politique africaine française ? Cette question est d’autant plus importante qu’Emmanuel Macron arrive à la fin de son second mandat après près d’une décennie au pouvoir.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2017, Emmanuel Macron a multiplié les déplacements sur le continent africain, avec l’ambition affichée de renouveler les relations entre Paris et l’Afrique et de rompre avec l’image traditionnelle de la « Françafrique ».
Sur le plan mémoriel, plusieurs gestes symboliques ont marqué les années Macron, notamment autour de l’Algérie, du Rwanda avec le rapport Duclert, du Cameroun ainsi que la restitution de certaines œuvres d’art africaines spoliées durant la colonisation.
Sur le plan sécuritaire, le retrait progressif des forces françaises de plusieurs pays sahéliens symbolise le déclin du modèle traditionnel de la France-Afrique même si Paris conserve encore des positions stratégiques à Djibouti.
Plan de la réflexion

Source de l’image : LUDOVIC MARIN | Crédits : AFP Croix-Rouge
Une volonté affichée de rompre avec le pré carré français
Pendant plusieurs décennies, la politique africaine de la France reposait sur une relation privilégiée avec ses anciennes colonies, dans une logique souvent perçue comme asymétrique et paternaliste. Paris apparaissait alors comme un partenaire incontournable sur les questions sécuritaires, économiques et diplomatiques.
Aujourd’hui, Emmanuel Macron affirme vouloir construire un partenariat davantage fondé sur des intérêts réciproques et une coopération économique « gagnant-gagnant ». Le sommet Africa Forward s’inscrit précisément dans cette volonté de repositionnement.
Les sommets Afrique-France ne sont pas nouveaux. Créés en 1973 sous la présidence de Georges Pompidou, ils visaient initialement à préserver les liens politiques entre Paris et ses partenaires africains dans un contexte international marqué par les recompositions géopolitiques de l’après-guerre israélo-arabe.
Toutefois, l’édition 2026 marque une rupture symbolique importante : il s’agit du premier sommet Afrique-France organisé sur une terre anglophone. Le choix du Kenya traduit la volonté française d’élargir son influence diplomatique au-delà de l’espace francophone traditionnel, dans un contexte marqué par une perte d’influence croissante au Sahel.
La présence du président kényan William Ruto comme co-organisateur du sommet illustre cette nouvelle orientation vers l’Afrique de l’Est, région considérée aujourd’hui comme l’un des pôles économiques les plus dynamiques du continent.
Un sommet largement tourné vers l’économie
Le format du sommet Africa Forward diffère également des précédentes rencontres Afrique-France. La première journée a principalement été consacrée au monde économique avec un forum d’affaires réunissant près de 6 000 délégués africains et français issus des secteurs public et privé.
Les échanges ont principalement porté sur les secteurs stratégiques comme les technologies, la santé ou encore l’agriculture. L’objectif affiché était de renforcer les investissements français sur le continent africain et de favoriser les partenariats entre entreprises africaines et françaises.
Ce forum visait également à rassurer les investisseurs français, alors que l’Afrique reste encore perçue dans certains milieux économiques européens comme un espace risqué et instable. Plusieurs accords auraient été conclus à l’issue du sommet pour un montant estimé à 23 milliards d’investissements, dont 14 milliards provenant d’investissements publics et privés français.
La seconde journée a été consacrée aux chefs d’État et de gouvernement. Trente-cinq délégations africaines ont participé aux discussions autour des grands enjeux continentaux : sécurité, transition énergétique, souveraineté alimentaire, numérique ou encore emploi des jeunes.
Cependant, plusieurs absences ont été particulièrement remarquées, notamment celles des pays du Sahel comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger, dont les relations avec Paris se sont fortement dégradées ces dernières années.
Une stratégie de repositionnement français en Afrique
Au-delà du discours officiel, Africa Forward apparaît comme une tentative de repositionnement stratégique de la France sur le continent africain.
Sur le plan économique, Paris cherche à renforcer ses relations avec les grandes puissances anglophones africaines, notamment le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya. Sur le plan politique, ce sommet peut également être interprété comme une manière pour la France de compenser les difficultés rencontrées dans plusieurs pays francophones où son influence s’est considérablement affaiblie ces dernières années.
Le choix du Kenya présente néanmoins un avantage stratégique pour Paris. Effectivement, contrairement à plusieurs pays d’Afrique francophone, la France ne porte pas au Kenya le poids d’un passé colonial direct. Cette absence de contentieux historique majeur offre un terrain diplomatique relativement plus neutre.
Toutefois, cela ne signifie pas que l’image de la France soit totalement positive sur le continent. Le paternalisme longtemps associé à la politique africaine française demeure profondément ancré dans les perceptions collectives africaines malgré les efforts de repositionnement entrepris par Emmanuel Macron.
Dans un contexte de concurrence accrue avec les États-Unis, la Chine, la Turquie ou encore les pays du Golfe, la France cherche désormais à adapter son influence à une Afrique de plus en plus stratégique et convoitée.
Quel héritage pour Emmanuel Macron en Afrique ?
Après près de dix années de présidence Macron, un constat semble s’imposer. La France continue de subir le poids de l’héritage de la Françafrique. Malgré les gestes mémoriels, la réduction de la présence militaire française dans plusieurs pays africains et les tentatives de repositionnement diplomatique, l’image paternaliste associée à Paris demeure encore fortement présente.
Africa Forward apparaît ainsi comme une tentative de redéfinition de la présence française en Afrique. Reste à savoir si ce repositionnement permettra réellement à Paris de tourner la page de la Françafrique ou s’il ne constitue qu’une adaptation de son influence à un continent africain désormais plus souverain, plus stratégique et plus convoité.
Sources :
BBC Afrique. « Que révèle le sommet Africa Forward sur les relations entre Paris et l’Afrique francophone » . BBC Afrique, [en ligne]. Disponible sur : https://www.bbc.com/afrique/articles/c78k4148995o
France 24. « Africa Forward : un sommet très économique entre Emmanuel Macron et William Ruto au Kenya ». France 24, 10 mai 2026, [en ligne]. Disponible sur : https://www.france24.com/fr/afrique/20260510-africa-forward-sommet-tr%C3%A8s-%C3%A9conomique-emmanuel-macron-william-ruto-kenya-france (consulté le 21 mai 2026).
RFI. « Sommet Africa Forward à Nairobi : une deuxième journée plus politique ». RFI, 12 mai 2026, [en ligne]. Disponible sur : https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260512-sommet-africa-forward-%C3%A0-nairobi-une-deuxi%C3%A8me-journ%C3%A9e-plus-politique
Direction générale du Trésor. « Retour sur le sommet Africa Forward des 11 et 12 mai 2026 à Nairobi ». Direction générale du Trésor, 18 mai 2026, [en ligne]. Disponible sur : https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2026/05/18/retour-sur-le-sommet-africa-forward-les-11-et-12-mai-2026-a-nairobi
Les Echos. « Les sommets France-Afrique depuis 1973 ». Les Echos, mai 2010, [en ligne]. Disponible sur : https://www.lesechos.fr/2010/05/les-sommets-franceafrique-depuis-1973-440640