Crédit photo : UN Peacekeeping Mission – MONUSCO / Michael Kappeler, Kinshasa, 19 février 2015.

Plan de la réflexion

Un renouvellement qui interroge

Le 19 décembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté à l’unanimité la résolution 2808 prorogeant le mandat de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) jusqu’au 20 décembre 2026. Cette décision intervient dans un contexte sécuritaire extrêmement dégradé, marqué par les avancées militaires du mouvement armé Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) soutenu par le Rwanda, la perte de contrôle par les autorités congolaises de zones et d’infrastructures stratégiques à Goma ainsi que l’aggravation d’une crise humanitaire chronique dans l’Est du pays. Ce renouvellement pose une question centrale : comment justifier la prolongation d’une mission de maintien de la paix qui, après près de trois décennies de présence onusienne en RDC, n’a pas permis d’atteindre ses objectifs fondamentaux de stabilisation et de protection durable des civils ?

La résolution 2808 maintient les priorités stratégiques traditionnelles de la MONUSCO. La mission est chargée de contribuer à la protection des populations civiles dans ses zones de déploiement, d’appuyer la mise en œuvre des objectifs fixés par la résolution 2773 adoptée le 21 février 2025 et de soutenir les efforts de stabilisation et de renforcement des institutions de l’État congolais. Cette dernière autorise notamment la MONUSCO à soutenir la mise en œuvre d’un cessez-le-feu permanent entre le gouvernement de la République démocratique du Congo et le M23, à travers un mécanisme de surveillance et de vérification négocié à Doha en octobre 2025. Toutefois, l’écart entre ces objectifs normatifs et la réalité du terrain demeure considérable.

Goma, symptôme d’un échec récurrent

La situation de Goma illustre de manière particulièrement frappante les limites de la mission. Plus d’un an après les combats majeurs ayant affecté la ville, Goma reste largement paralysée. Les activités économiques fonctionnent au ralenti, les institutions judiciaires sont hors service et l’aéroport international demeure fermé. Selon des estimations issues de rapports des Nations Unies et d’organisations humanitaires, les affrontements ont causé plusieurs milliers de morts et entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes, accentuant une crise humanitaire déjà structurelle dans la région. Loin d’être un épisode isolé, cette situation rappelle la prise de Goma par le M23 en novembre 2012, survenue malgré la présence de la MONUSCO et qui avait déjà mis en évidence l’incapacité de la mission à empêcher la conquête de centres urbains stratégiques et à assurer une protection effective des civils. Quelques semaines après Goma, la ville de Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu est également tombée. La prise d’Uvira en décembre 2025 a provoqué un exode massif vers le Burundi, où tous les déplacés ne sont pas encore revenus.

Cette répétition des échecs pose la question même de la définition de la réussite d’une mission de maintien de la paix. Pour les Nations Unies, la MONUSCO permet avant tout de contenir la violence et d’éviter un effondrement total de l’ordre sécuritaire. Pour le Conseil de sécurité, elle constitue un instrument de gestion d’un conflit complexe sans engagement direct des grandes puissances. Pour les autorités congolaises et les populations locales, en revanche, la réussite se mesure à l’aune du rétablissement de l’autorité de l’État, de la sécurité quotidienne et de la fin de l’ingérence étrangère. Ces définitions divergentes expliquent en partie le fossé croissant entre la perception internationale de la mission et son acceptation locale.

Entre retrait annoncé et retour contraint

Cette ambiguïté se reflète également dans la stratégie de retrait progressif de la MONUSCO. Dès 2020, le Conseil de sécurité a approuvé un plan de désengagement échelonné, initialement conçu pour conduire à la fin de la mission à l’horizon 2025. À la demande du gouvernement congolais, la MONUSCO s’est retirée des provinces du Kasaï et du Kasaï Central en 2021, puis du Sud-Kivu en avril 2024, conformément à la résolution 2717.

Toutefois, face à la détérioration continue de la situation sécuritaire, le Conseil de sécurité a décidé de suspendre partiellement ce retrait, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Cette décision apparaît paradoxale, alors même que le Sud-Kivu et la région d’Uvira sont aujourd’hui touchés par une recrudescence des violences liées aux offensives du M23 et à l’activisme de groupes armés transnationaux.

La MONUSCO évolue dans un environnement marqué par la prolifération de groupes armés congolais et étrangers, la porosité des frontières, la faiblesse de la présence étatique et l’expansion de formes de violence assimilables au terrorisme régional. Les Forces démocratiques alliées (ADF) au Nord-Kivu et en Ituri, la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), ainsi que divers groupes armés burundais actifs au Sud-Kivu, témoignent d’une conflictualité diffuse que la mission onusienne n’a jamais réussi à contenir durablement. L’expérience de la lutte contre l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) est révélatrice de ces limites. Incapable de neutraliser seule cette menace dans le nord-est de la République démocratique du Congo (Haut- Uélé et Bas-Uélé), la MONUSCO a vu son rôle marginalisé au profit d’une initiative régionale conduite sous l’égide de l’Union africaine, avec le soutien de partenaires internationaux, notamment les États-Unis.

Une mission sans véritable horizon politique

Au-delà du cas congolais, le renouvellement du mandat de la MONUSCO révèle une manière plus générale de gérer les crises en Afrique. Le continent est considéré comme un enjeu majeur de sécurité internationale mais les États africains restent largement écartés des décisions stratégiques qui les concernent. Les accords de paix parrainés par des puissances extérieures peinent à produire des résultats durables car ils évitent de traiter de manière claire et contraignante les dynamiques régionales à l’origine du conflit, en particulier le rôle de certains Etats voisins dans les recompositions sécuritaires de l’Est de la République démocratique du Congo.

Après vingt-sept ans de présence onusienne, la question n’est donc plus de savoir si la MONUSCO doit rester ou se retirer mais de déterminer ce qu’elle est encore en mesure d’apporter. En l’absence d’une refonte profonde de son mandat, de ses moyens et de son articulation avec les mécanismes régionaux de sécurité, chaque renouvellement risque de prolonger une illusion de stabilisation. Le maintien de la paix ne peut durablement se substituer à une volonté politique claire des autorités congolaises et de leurs partenaires stratégiques, ni se suppléer aux prérogatives régaliennes de l’Etat congolais, ni masquer les responsabilités des acteurs régionaux et internationaux impliqués dans la déstabilisation de l’Est de la République démocratique du Congo. À défaut, la MONUSCO continuera d’incarner non pas une solution mais le symptôme d’un échec devenu structurel.

Sources :

ACTUALITE.CD, 2026. RDC-Conflit : Quel rôle pour la MONUSCO dans le nouveau mécanisme de vérification du cessez-le-feu ? [en ligne]. 3 février 2026 [consulté le 3 février 2026]. Disponible à l’adresse : https://actualite.cd/2026/02/03/rdc-conflit-quel-role-pour-la-monusco-dans-le-nouveau-mecanisme-de-verification-du


CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES, 2025. Le Conseil de sécurité proroge d’un an le mandat de la MONUSCO en République démocratique du Congo, dans des conditions inhabituelles avec l’offensive du M23 [en ligne]. New York : Nations Unies, 19 décembre 2025 [consulté le 3 février 2026]. Communiqué de presse CS/16260. Disponible à l’adresse : https://press.un.org/fr/2025/cs16260.doc.htm


ONU INFO, 2024. RDC : la MONUSCO a cessé ses opérations au Sud-Kivu dans le cadre de son retrait progressif [en ligne]. Nations Unies, 1ᵉʳ mai 2024 [consulté le 3 février 2026]. Disponible à l’adresse : https://news.un.org/fr/story/2024/05/1145241


ONU INFO, 2025. RDC : la mission de paix de l’ONU prolongée, le retrait rattrapé par la guerre [en ligne]. Nations Unies, 19 décembre 2025 [consulté le 3 février 2026]. Disponible à l’adresse : https://news.un.org/fr/story/2025/12/1158128


RADIO OKAPI, 2025. Le mandat de la MONUSCO prolongé jusqu’au 20 décembre 2026 [en ligne]. New York, 20 décembre 2025 [consulté le 3 février 2026]. Disponible à l’adresse : https://www.radiookapi.net/2025/12/20/actualite/politique/le-mandat-de-la-monusco-prolonge-jusquau-20-decembre-2026


RFI, 2025. Est de la RDC : quels seraient les contours d’un nouveau mandat de la Monusco en pleine relance de la guerre ? [en ligne]. 18 décembre 2025 [consulté le 3 février 2026]. Disponible à l’adresse : https://www.rfi.fr/fr/afrique/20251218-est-de-la-rdc-quels-seraient-les-contours-d-un-nouveau-mandat-de-la-monusco-en-pleine-relance-de-la-guerre

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